COUP D'OEIL RETROSPECTIF

SUR LA PRETENDUE VAGUE OVNI BELGE

 

Il est à peine nécessaire de rappeler que la prétendue "vague OVNI belge" débuta par une observation d'un groupe de gendarmes le soir du 29 novembre 1989. Très vite, les principaux responsables d'un groupuscule d'enthousiastes (la SOBEPS) arrivèrent sur le terrain et se répandirent en commentaires enfiévrés aussitôt répercutés par une presse alors en manque d'informations importantes. Les semaines, puis les mois passèrent, apportant de nouvelles observations et de nouvelles "révélations" distillées au moyen de communiqués ou de conférences de presse savamment orchestrés par la SOBEPS...

A beau mentir qui vient de loin dit le proverbe, résumant en une phrase lapidaire la difficulté de vérifier la valeur de faits prétendus lorsque ceux-ci sont censés se dérouler dans une contrée lointaine. C'est ainsi que, diverses déformations médiatiques y aidant, les déclarations de certains membres de la SOBEPS furent prises bien loin de la Belgique pour des conclusions quasi officielles de divers scientifiques appartenant soit à des universités belges soit à l'armée.

En 1991, la SOBEPS publia un gros livre qui eut un énorme succès commercial. C'était là son "rapport" très attendu où d'aucuns crurent trouver les preuves quasi formelles non seulement de l'existence des OVNI et de leur origine extraterrestre, mais aussi de la volonté du gouvernement belge et plus particulièrement de sa Défense nationale, de révéler au monde entier la bouleversante vérité...

La réalité des faits fut et reste à cent lieues de toutes ces rêveries colportées par un monceau de publications extravagantes et des quantités de gens mal informés.

Pour ceux qui ne le sauraient pas, je m'occupe d'ufologie depuis plus de 35 ans aujourd'hui et je suis belge, habitant la zone où la vague OVNI fut censée avoir été la plus forte. Après avoir en toute bonne foi cru à la réalité des OVNI dans les années 60/70, j'ai changé progressivement d'opinion à partir de 1979. Finalement, je dus me rendre à l'évidence que les OVNI n'existaient pas et qu'il n'y avait en leur faveur qu'une vaste littérature totalement dénuée de valeur scientifique. Je fis la synthèse de mes réflexions à ce sujet dans un ouvrage que j'ai diffusé à partir de décembre 1989 mais dont les premières épreuves avaient déjà été lues et appréciées précédemment par quelques astronomes et astrophysiciens belges. C'est pourquoi, dès que l'agitation ufologique s'empara d'une partie de notre pays, c'est tout naturellement vers moi que se tournèrent ces scientifiques puis certains de leurs confrères. Ils voulaient comprendre comment un tel battage médiatique était possible alors qu'eux-mêmes ou des groupements d'astronomes amateurs, sur le terrain, ne voyaient rien d'anormal. Ils voulaient savoir surtout ce qu'était exactement cette SOBEPS que les médias présentaient comme une équipe de chercheurs scientifiques et d'experts des phénomènes célestes alors que ce groupement était pourtant totalement inconnu du monde scientifique et qu'il n'était en contact avec aucune société d'astronomie. Ils cherchaient à savoir qui étaient donc ses membres, quelles recherches ils avaient bien pu faire et dans quelles revues scientifiques celles-ci avaient pu être publiées pour qu'elles passent totalement inaperçues des véritables spécialistes des phénomènes célestes... Curieux de s'informer, une petite centaine de scientifiques belges allèrent même jusqu'à se rendre dans les locaux de la SOBEPS pour répondre à une invitation de ces gens et prendre connaissance de ce qu'ils avaient à dire. Ils souhaitaient ainsi percevoir au travers des discours de ces experts auto-proclamés s'il ne se passait pas réellement quelque chose d'insolite, voire même d'incompréhensible qui aurait pu échapper par miracle aux très nombreux observateur compétents du ciel que comptait le pays. En fait, cette rencontre entre les scientifiques belges et les mentors de la SOBEPS marqua peut-être pour ce groupement ufologique le début d'un discrédit qui alla sans cesse en s'accentuant dans les milieux scientifiques et culturels belges.

Si des scientifiques belges me donnèrent la preuve de leur curiosité intellectuelle en me consultant, à l'inverse aucun des ufologues et des journalistes étrangers qui écrivirent abondamment au sujet de la vague OVNI belge ne me contactèrent jamais. Avec une suffisance et une inconscience remarquables, ils agirent comme s'ils étaient bien informés de ce qu'il se passait dans les coulisses et ne se préoccupèrent jamais des particularités journalistiques, politiques, scientifiques et même linguistiques de ce pays qui expliquent pourtant à elles seules énormément de choses...

Je vais donner à ce propos trois exemples simples qui devraient servir à chacun de piste de réflexions...

1°) La Belgique est divisée en trois zones linguistiques : on parle le flamand au nord, le français au sud et l'allemand dans une petite zone du sud-est. Pour l'essentiel, la vague OVNI débuta dans la zone linguistique allemande pour se déplacer et se centrer ensuite sur une partie de la zone francophone. Cela évoque évidemment davantage une contamination socio-psychologique d'origine médiatique et linguistique qu'une invasion extraterrestre n'est-ce pas? Or, combien d'ufologues étrangers ont tenu compte de cette caractéristique essentielle de mon pays?

2°) Deux journalistes belges s'illustrèrent tout particulièrement dans cette affaire par des quantités d'articles en faveur des OVNI. Le premier, G.D., a toujours écrit des articles caractérisés par une recherche avide de thèmes "porteurs" du strict point de vue médiatique. Du second, Y. R., autre spécialiste des articles à sensations sur des thèmes porteurs comme par exemple les conspirations ou les animaux martyrisés, je conserve précieusement une carte qu'il m'envoya et dans laquelle, avant de mettre une sourdine à ses articles ufologiques, il reconnaissait qu'il en savait bien moins que moi sur la question! Quel ufologue étranger a tenu compte de la personnalité très particulière de ces deux journalistes et de quelques autres encore dont je n'ai pas envie de rappeler ici les exploits ou les déviances? Ce sont pourtant ces gens-là qui, pour l'essentiel, propagèrent les fausses nouvelles à propos de la vague OVNI belge

3°) La Belgique possède le système d'organisation politique le plus compliqué du monde, ce dont deviennent très vite conscients ceux qui se penchent sur notre Droit constitutionnel. Il en découle de nombreuses conséquences au niveau de la prise des décisions à tous les niveaux et en tous domaines. Qu'on songe seulement qu'il existe ici des Pouvoirs et des ministres fédéraux, régionaux et communautaires qui rivalisent en quelque sorte entre eux en fonction des domaines auxquels ils se rapportent. Cela favorise, hélas, un certain "grenouillage" d'individus incompétents qui, hors de la politique, n'auraient jamais rien pu réaliser qui les eut fait admirer par leurs semblables. Cet état de fait explique à lui seul qu'à l'étranger on puisse n'avoir pas compris que certaines décisions politiques ou militaires touchant la prétendue vague ovni belge correspondaient plutôt à des cafouillages ou à de l'incompétence plutôt qu'à des choix raisonnables pris en fonction du bien commun ou de la raison d'Etat. La Belgique possède également un système scolaire si incroyablement complexe qu'il a, à sa tête, plusieurs ministres. Une méconnaissance totale de notre système scolaire explique que des ufologues étrangers ont pu confondre, par exemple, de véritables chercheurs universitaires avec des techniciens professant dans une école au nom certes ronflant mais néanmoins totalement dépourvues de prestige scientifique...

Le premier gros "rapport" publié par la SOBEPS s'auto-proclamait "une approche objective, rigoureuse et complète : un livre de référence." Il ne convainquit pourtant aucun scientifique belge en dehors des deux seuls physiciens qui oeuvrent au sein de la SOBEPS et qui figuraient, à titre strictement personnel, parmi les auteurs principaux du livre! Fait sans précédent dans ce pays, la bruyante apparition médiatique de ce livre suscita, de la part d'une dizaine de scientifiques belges éminents appartenant à deux de nos Universités, un communiqué de presse officiel dans lequel les méthodes de la SOBEPS, et plus précisément celles du professeur Meessen, étaient clairement dénoncées comme non scientifiques. Il n'avait en effet pas échappé à ces chercheurs que l'ouvrage fourmillait de lacunes, d'erreurs, d'approximations et de contradictions. Rien ne valant mieux que des exemples, en voici quelques-uns...

- En bas de la page 44, un témoin masculin dénommé D se transforme, en l'espace de quelques lignes, en témoin féminin dénommé B. Ce n'est là qu'un détail, un reproche extravagant, totalement injustifié dirait sans doute Michel Bougard qui explosa, furieux, un jour qu'à la télévision je citais quelques exemples du genre. C'est un détail, certes, mais qui échappa à tous ceux qui, à la SOBEPS, tapèrent ce texte et le relurent pour le corriger. Et cela montre à quel point ces gens sont hypnotisés par toutes ces observations qu'ils égrènent comme un véritable chapelet formant la plus grosse part de leur credo ufologique.

- En page 74, un objet observé à Liège est d'abord décrit comme totalement dépourvu de feux. Huit lignes plus bas on lui attribue deux gros phares blancs sous les ailes. Ca, ce n'est déjà plus un détail amusant, mais bien une erreur flagrante touchant un élément essentiel de l'enquête puisque cela concerne la description exacte de l'objet. Et cette contradiction évidente est passée non seulement inaperçue de ceux qui ont tapé le texte et l'ont corrigé, mais aussi de l'enquêteur, ce qui est évidemment beaucoup plus grave. Pour rappel, le Président de la SOBEPS n'a pas de mots assez forts pour qualifier la qualité et la compétence de ses enquêteurs. Il se contente vraiment de peu.

- En page 411, l'expert photo de la SOBEPS démontre qu'un film video ne montrait pas autre chose qu'une lampe faisant partie de l'éclairage public. Or, en pages 280-281, pour renforcer un autre cas d'observation, le même ufologue utilise cette video comme si elle avait réellement montré un OVNI. En page 347, c'est Leon Brenig qui estime que tous les témoignages de cette soirée-là se corroboraient parfaitement les uns les autres. Et, enfin, en page 290, c'est le Président de la SOBEPS en personne qui, parlant de cette video et d'une autre, déclare qu'il s'agissait de "documents tout-à-fait étonnants." Poursuivant sur sa lancée, le même homme s'enorgueillit ensuite du fait que ces "documents" passèrent sur diverses chaînes de télévision et ajoute, avec une fierté non dissimulée : "...et plus tard, le journaliste Patrick Poivre d'Arvor évoqua la très sérieuse Société Belge d'Etude des Phénomènes Spatiaux." Plutôt que de se lancer des fleurs par journaliste interposé, M. Bougard aurait mieux fait d'être plus attentif aux contradictions flagrantes qui émaille le "rapport" de sa très sérieuse (!)... confrérie.

Un principe général sous-tendait tout le "rapport" de la SOBEPS : celui de la COHERENCE INTERNE sans cesse martelée par les auteurs et plus particulièrement MM. Meessen et Bougard. A les en croire, toutes ces observations étaient cohérentes alors même qu'ils signalaient eux-mêmes toutes sortes d'objets extrêmement différents. De la prétendue vague OVNI belge, la plupart des gens n'ont retenu que l'image apparemment nouvelle d'un triangle mystérieux. Mais outre que ce triangle était décrit tantôt en forme de flèche acérée, tantôt équilatéral, tantôt anguleux, tantôt arrondi, tantôt avec un dôme, tantôt sans, tantôt avec des protubérances diverses et tantôt sans aucune protubérance ; il était également question de rectangles, de losanges, de cigares, de coupoles, de bananes, et même de véritables soucoupes à la mode ancienne! Pour dire clairement les choses, le seul point commun qui existait dans ce fouillis d'objets, la seule cohérence interne de toutes ces observations, c'était qu'on avait décrit des choses qui paraissaient voler sans jamais se poser. Et c'est parce qu'il arriva finalement à cette conclusion et qu'on refusa de l'accepter au sein de la SOBEPS que son chef du réseau des enquêteurs, Jean-Luc Vertongen, finit par quitter le groupe sans que, bien entendu, ses responsables en fournissent la moindre explication. En fait, la cohérence interne qu'on érigeait à la SOBEPS comme un argument évident n'était pas autre chose qu'une idée préconçue de M. Meessen qui en parlait déjà dans le premier article ufologique qu'il écrivit et qu'il livra à la SOBEPS en 1972. (1)

Outre cette cohérence fallacieuse et une multitude de témoignages divers, l'ouvrage contenait trois éléments importants que les auteurs, et plus spécialement le professeur Meessen, tentaient d'ériger en faisceaux de preuves, voire même en preuves formelles.

Il y avait tout d'abord la fameuse photo de Petit-Rechain. Tant dans son premier "rapport" que dans celui qui suivit ainsi que dans plusieurs numéros d'Inforespace, la SOBEPS tenta de faire croire que cette photo avait été soumise à une analyse technique et scientifique rigoureuse menée tant par l'expert photo (?) de la SOBEPS qu'au sein de l'Ecole Royale Militaire par le Professeur Acheroy et son équipe.

En fait d'analyse scientifique rigoureuse, il n'y eut jamais autre chose que le Mémoire de fin d'études militaires (section ingénieur civil) d'un nommé Hendrickx. Outre que ce Mémoire avait les caractéristiques habituelles d'un grand nombre de travaux estudiantins du même type (beaucoup de remplissage et peu de recherche réellement concrète), il démontrait surtout l'incompétence du jeune étudiant par rapport à une technique que ni lui, ni son professeur, ne maîtrisaient. Un astrophysicien de l'Observatoire d'Uccle a souligné dans ce Mémoire tout ce qu'on doit en retenir : méthodes discutables, programme informatique mal approprié avec création d'artéfacts (certains étant même apparus dès la digitalisation de la photos), idées préconçues, manque d'informations, lacunes démonstratives...

Dans un premier temps, le spécialiste photo de la SOBEPS écrivit qu'il était impossible de réaliser une telle photo avec des moyens simples. Plusieurs critiques démontrèrent le contraire en produisant des documents semblables qu'ils obtinrent avec des moyens très simples. Le 4 mars 2002, sur un plateau de télévision, l'expert de la SOBEPS, qui n'est pas à une incohérence près (voir plus haut) affirma contrairement à ce qu'il avait toujours soutenu jusque-là, qu'un tel document était aisé à obtenir mais que cela ne démontrait pas qu'il était truqué. Ainsi, au fil du temps, les responsables de la SOBEPS modifient-ils leurs discours pour les adapter à leurs chaotiques "démonstrations"... Or, Pierre Magain, un astrophysicien de l'Université de Liège, démontra que, d'un strict point de vue mathématique, l'objet figurant sur la pellicule de Petit-Rechain ne cadrait pas du tout avec ce qu'avait prétendu avoir vu le photographe et le matériel qu'il disait avoir utilisé. Considérant en outre qu'il paraît impossible de réussir à photographier un objet sans qu'il présente d'évidentes traces de bougé en utilisant une pose d'au moins une seconde et en tenant simplement l'appareil muni d'un zoom contre un mur ; force est de considérer ce témoignage et ce document comme éminemment suspects.

Les deux autres éléments de preuve étaient dépendants l'un de l'autre. Il y avait, d'abord, une observation au sol faite par des gendarmes et, ensuite, semblant confirmer celle-ci, une détection radar effectuée par un avion. En page 394 du "rapport" de la SOBEPS, le professeur Meessen écrivit en son nom personnel et en aucun cas au nom de l'Université à laquelle il appartenait alors : "la conclusion qui s'impose logiquement est que TOUTE AUTRE HYPOTHESE QUE CELLE DES OVNI EST EXCLUE A PRATIQUEMENT 100%. (les caractères en majuscules d'imprimerie étant de M. Meessen - NDL'A). Dans la foulée, le physicien écarta, avec force commentaires, données et graphiques, la conclusion de l'ex-ufologue français Caudron selon qui les gens, au sol, n'avaient vu que des étoiles. Et il suggéra, bien sûr, que l'ex-ufologue était de parti-pris...

La Défense nationale fit elle aussi son enquête à propos de ces échos radars en faisant appel à un véritable expert en la matière. Et sa conclusion fut complètement différente de celle de M. Meessen. Je sais par diverses indiscrétions que la diffusion de celle-ci au centre spatial de Liège fut reportée in-extremis quand il fut acquis que le professeur Meessen reconnaîtrait qu'il s'était trompé. C'est ce qu'il fit en effet dans le second rapport que la SOBEPS publia en 1994. Mais il le fit d'une manière si alambiquée qu'il put faire croire encore à certains qu'il avait quand même fait progresser l'édifice des connaissances scientifiques. Par la même occasion, il reconnut aussi que le brave Caudron avait vu juste avec des moyens forcément empiriques et il crut pouvoir faire avancer à nouveau la science en envisageant des réfractions atmosphériques engendrées, du moins partiellement, par des ondes gravitationnelles! Je connais plus d'un astronome, même amateur, qui sera tombé à la renverse en prenant connaissance de cette nouvelle hypothèse messennienne.

Je n'insisterai pas sur les méthodes scientifiques et la manière de faire, le clou me paraissant déjà suffisamment enfoncé. Je dois rappeler cependant pour ceux qui ont la mémoire courte qu'il fut une autre occasion où M. Meessen s'égara complètement. Dans ce cas, le physicien belge aujourd'hui retraité avait usé de sa science et de ses méthodes habituelles pour interpréter un signal radio très commun comme étant un son qu'il garantissait avoir été émis par un OVNI. Cette erreur fut signalée par un acousticien.

Une fois toutes ces choses mises au point, que reste-t-il du fameux "livre de référence"? Rien ou plutôt si : un monceau d'observations dont Michel Bougard niait qu'elles puissent avoir été suscitées par un effet de "contagion médiatique." Et, pour mieux asseoir cette affirmation, il se basait sur un travail universitaire réalisé à Liège. Voilà qui paraissait scientifique et solide, non? La vérité m'oblige cependant à dire que l'étudiant qui réalisa ce travail et qui a fait, depuis, carrière dans le journalisme, n'avait d'autre but que de réussir ses études en présentant un Mémoire "passe-partout" pouvant faire illusion bien que hâtivement conçu et rédigé. Cet étudiant débarqua un jour chez moi les mains vides, le sarcasme à la bouche, s'amusant beaucoup de la naïveté des sobepsiens. Ah ça, il n'y croyait pas aux OVNI ; mais il ne voulait surtout pas froisser un seul membre de son jury au cas où celui-ci y aurait cru. Que faire? La solution était simple, surtout pour quelqu'un manquant terriblement de temps pour réaliser un travail vraiment fouillé. Il rédigea donc un Mémoire où l'on pouvait trouver tout et son contraire, afin que chacun puisse s'en trouver satisfait. Quant à la partie biblographique qui manquait, comme son professeur le lui signala, elle fut rapidement ajoutée : l'étudiant revint chez moi et me demanda de sortir de ma bibliothèque quelques livres importants dont il nota les titres, sans même y plonger le nez. Surtout, il insista : "donnez-moi des titres en anglais, ça fait plus sérieux!" J'ai trouvé cette farce à la fois si effarante et si amusante que je m'y suis prêté de bon coeur. Voilà donc le "travail universitaire" que le Président de la SOBEPS a trouvé si intéressant et qu'il a utilisé pour convaincre ses malheureux lecteurs! Cela ne fait-il pas un peu penser à l'arroseur arrosé?

D'audacieux chantres de l'ufologie ont écrit ou publié à l'étranger des textes louant la remarquable méthodologie de la SOBEPS et les magnifiques résultats qu'elle obtint au niveau de la reconnaissance officielle des OVNI. Je crois avoir montré ici quelques exemples de ce que sont les méthodes de la SOBEPS. Quant aux résultats obtenus...

Je l'ai dit, hormis les deux physiciens faisant partie de la SOBEPS, aucun scientifique belge n'a été convaincu de la réalité d'un phénomène inexpliqué dans nos cieux. Bien au contraire, un grand nombre ont acquis aujourd'hui la certitude que la SOBEPS était rien moins qu'un groupe de fanatiques ne méritant même pas qu'on se soit jamais intéressé à leurs divagations. Les ponts entre les scientifiques et la SOBEPS se sont donc peu à peu coupés irrémédiablement et le groupe ufologique belge s'est finalement retrouvé complètement isolée dans son petit monde bien à lui où rêvent un physicien retraité et un autre, plus jeune, moins prolixe en théories et en démonstrations, mais qui espère bien avoir un jour en mains une preuve matérielle de l'origine extraterrestre des OVNI. La stricte réalité a fini par se savoir dans certains médias où la SOBEPS a aujourd'hui de sérieuses difficultés à faire passer son "message", sinon ses "croyances". Le rêve de présider une commission OVNI européenne qu'elle avait s'est complètement évanoui.

Tout comme la fameuse "affaire Dutroux", la prétendue vague OVNI belge fut caractérisée, avant tout, par un grand nombre de "dysfonctionnements" au niveau politique et journalistique. Cela n'a rien qui puisse étonner un belge sensé et bien informé. Mais cela ne semble même jamais avoir été envisagé à l'étranger. Pour les ufologues, les petits hommes verts sont toujours plus verts chez les voisins...

En 1899, à l'Université du Wyoming, un conférencier se présenta devant un large auditoire porteur d'un flacon soigneusement emballé. Il expliqua qu'il allait faire une expérience pour que l'on puisse se rendre compte à quelle vitesse une odeur pouvait se propager dans l'air. Il indiqua que la bouteille contenait une substance dont il était certain qu'aucune personne présente n'avait jamais encore senti l'odeur, que celle-ci était forte et spéciale mais qu'elle n'incommoderait sans doute personne. Dans un silence religieux, il déboucha le flacon, versa un peu du liquide sur un gros tampon de coton en s'éloignant lui-même autant que possible du goulot, reboucha la bouteille et prit un chronomètre. Il demanda ensuite que chacun lève la main à mesure qu'il percevrait l'odeur... Peu à peu, des mains se levèrent au premier rang, puis au second et ainsi de suite. L'odeur semblait se propager assez rapidement, par vagues successives, toujours plus larges, plus éloignées. Au bout d'une minute, les trois quarts des personnes présentes avaient levé la main, les autres ne sentant rien encore. C'est à ce moment qu'il fallut arrêter l'expérience car, au premier rang, des personnes nettement incommodées par l'odeurs s'étaient levées et allaient quitter la salle. Alors seulement le conférencier révéla que la bouteille ne contenait que de l'eau distillée, laquelle n'avait évidemment aucune odeur. Cette hallucination collective avait été provoquée par une simple affirmation et une apparence trompeuse. Parmi les irréductibles qui avaient eu raison de ne rien sentir, il y avait un peu plus d'hommes que de femmes... (2)

La vague OVNI belge me fait beaucoup penser à cette expérience.

 

CI-DESSOUS, DEUX DOCUMENTS ESSENTIELS

 

A titre documentaire, je crois utile de reproduire ci-dessous les communiqués que des scientifiques belges crurent bon de publier concernant les deux rapports de la SOBEPS. Avec le recul, on peut se rendre compte aujourd'hui que ces chercheurs avaient vu juste sur bien des points et qu'ils s'étaient même montrés particulièrelment modérés dans leurs jugements. Dois-je préciser qu'à ma connaissance ces textes ne furent jamais publiés par la presse ufologique même quand ils furent signalés...

Le premier des deux communiqués fut diffusé fin octobre 1991. Le voici dans son intégralité :

En tant qu'universitaires, nous sommes interpellés, malgré nous, et parfois choqués par le battage médiatique fait autour du récent rapport de la SOBEPS à propos de la vague belge d'OVNI, et nous souhaitons formuler les remarques suivantes. Un grand nombre de scientifiques, et particulièrement les astronomes, sont passionnés par l'idée de la recherche d'une vie extraterrestre et par les nombreux programmes en cours visant à établir une éventuelle communication avec d'autres civilisations. Ils sont même pour la plupart convaincus que la probabilité d'existence d'une autre vie ailleurs dans l'univers n'est pas négligeable. Certes la probabilité d'une possible communication est beaucoup plus faible, et a fortiori celle d'une rencontre. Mais il est certain qu'un tel événement serait accueilli comme la chose la plus extraordinaire de notre histoire. La vague de sensationnalisme qui a déferlé ces derniers jours sur la Belgique, au travers d'une partie heureusement très limitée de la presse, a pu faire croire au public que la preuve d'une visite d'extraterrestres était apportée ou sur le point d'être apportée par certains scientifiques belges. Il est loin d'en être ainsi. Une remarque s'impose ici à propos du nombre de scientifiques réellement impliqués dans l'étude du phénomène OVNI : le fait qu'environ 80 scientifiques se soient rendus à une réunion organisée en février 91 par la Sobeps ne signifie nullement qu’”une centaine de chercheurs tant de l'ULB que de l'UCL s'y intéressent de très près" (Le Soir du 22-10-91). Ce nombre ne doit pas atteindre la dizaine. De surcroît, les 3 scientifiques de la Sobeps qui signent un ou plusieurs chapitres du rapport ont des attitudes radicalement différentes et parfois contradictoires : face au réalisme volontaire de Léon Brenig, chef de travaux à l'ULB, et à la prudence mélangée de Michel Bougard, chimiste, on trouve les affirmations ambiguës et parfois incohérentes du Professeur Auguste Meessen de l'UCL Pour se convaincre de ces contradictions, il suffit de voir comment les différents journaux ont compris le message de la Sobeps : on y trouve toute la gamme des conclusions possibles. Elles sont pourtant tirées du même rapport.

EXAMEN DU DOCUMENT DE LA SOBEPS

Un premier examen de ce rapport nous amène aux conclusions que voici :

- La photo de couverture provient d'une diapositive dont l'authenticité ne peut être absolument garantie.

- Les autres documents photographiques ou vidéographiques n'apportent aucun élément probant.

- L'analyse des échos-radar reçus par les F-16 de notre Force Aérienne, faite par Monsieur Meessen, fait apparaître qu'il pourrait s'agir de phénomènes météorologiques, tandis que la prétendue détermination de vitesses supersoniques et d'accélérations foudroyantes pour des engins matériels n'est pas du tout convaincante.

- Le rapport ne fait pratiquement mention d'aucune autre mesure physique exploitable. Ajoutons que plusieurs des signataires du présent communiqué (physiciens, météorologistes ou astronomes) ont déjà été contactés en vue d'examiner divers documents se rapportant à ces phénomènes inexpliqués. Rien de mystérieux n'est sorti de ces examens ; plusieurs cas ont été élucidés et d'ailleurs certains de ceux-ci sont repris dans le rapport de la Sobeps.

CONCLUSION

En conséquence, il nous semble établi qu'une fois de plus, l'ensemble de la problématique des OVNI repose quasi uniquement sur des témoignages. La bonne foi de la majorité des témoins n'est pas ici mise en cause, et nous espérons qu'une interprétation correcte de leurs observations sera découverte. Il nous paraît que l'important travail de compilation et de tri fait par la Sobeps devrait être utilisé pour des études sociologiques et psychologiques portant notamment sur l'examen des perceptions visuelles et sur leurs possibles interprétations. La longue histoire de la littérature ufologique nous enseigne que d'innombrables phénomènes, perçus d'abord comme absolument étranges, ont pu être interprétés ensuite par des moyens classiques. Cela suppose évidemment que des observations aient été recueillies en nombre suffisant et qu'une analyse sereine ait été entreprise pour chaque cas. Nous espérons que le présent communiqué sera diffusé par les organes de presse, et qu'ainsi seront mieux rencontrées les exigences à la fois de la rigueur scientifique et de l'information objective.

Signé :

Jacques Demaret, maître de conférence à l'Institut d'Astrophysique de l'ULG

Nicolas Grevesse, chef de travaux à l'Institut d'Astrophysique de l'ULG

José Gridelet, Dr en médecine, neurophysiologue

André Koeckelenbergh, astronome, chargé de cours à l'ULB

André Lausberg, chef de travaux à l'Institut d'Astrophysique de l'ULG

Jean Manfroid, directeur de recherches au FNRS

Arlette Noels, chargé de cours à l'Institut d'Astrophysique de l'ULG

Alfred Quinet, chef de département à l'IRM

Jean Surdej, maître de recherches au FNRS

Jean-Pierre Swings, agrégé de faculté à l'Institut d'Astrophysique de l'ULG.

 

Le second communiqué fut diffusé en mars 1994. Beaucoup plus court que le premier, il visait simplement à "enfoncer le clou"...

De récents échos parus dans la presse suite à la publication du nouveau rapport de la SOBEPS laisseraient croire qu'il existe une certaine unanimité dans la communauté scientifique belge concernant les conclusions actuelles de cette société ufologique. Nous pensons au contraire qu'une très large majorité de nos collègues considèrent qu'il ne reste pratiquement rien des affirmations antérieures relatives à l'interprétation des échos radar en termes d'OVNI, ceci étant d'ailleurs explicitement admis par la SOBEPS. D'autre part, la seule photo inlassablement présentée est, selon nous, fortement sujette à caution, et ceci contredit l'affirmation selon laquelle cette photo ne serait pas truquée. Nous concluons une fois de plus que le dossier de la SOBEPS repose entièrement sur un grand nombre de témoignages, dignes de la plus grande attention et dont la bonne foi ne peut généralement être mise en doute, mais que l'analyse de ces témoignages n'a apporté aucun élément probant en faveur de l'existence d'un phénomène extraordinaire. Bien au contraire l'essentiel des observations à l'origine de la vague belge peuvent trouver une interprétation en termes simples.

Signé : J. DEMARET, J.-P. SWINGS, J. MANFROID, A. LAUSBERG, A. NOELS, M. REMY, N. GREVESSE

 

REFERENCES :

1) Inforespace n°10 (année 1973), p. 39 (1ère conclusion) : "Même si l'on peut toujours mettre en doute chacune des observations prises individuellement, il ne semble pas raisonnable de mettre en doute le phénomène comme tel, à cause de la cohérence interne de l'ensemble des observations." Cela constitue un véritable credo qui n'a rien de scientifique!

2) Delanne (G), Recherches sur la médiumnité, Paris, BPS, 1923, p. 124

 

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