LES PRODIGES SOLAIRES

Un médecin, le Dr Francis Lefebure, a jadis mis au point toute une série de techniques (dangereuses!) de mémorisation et de concentration basées sur ce qu'il a appelé le mixage phosphénique. A la base de ses exercices, il y a ce qu'il a nommé les phosphènes c'est-à-dire les boules, les barres et les taches colorées qui se déplacent apparemment en tous sens devant un observateur après que celui-ci ait fixé pendant un temps variable une source lumineuse de forte intensité. Dans un de ses ouvrages où il décrit les caractéristiques principales des phosphènes, on peut lire qu'on peut en voir des verts, des jaunes, des rouges, des roses, des bleus... Il existe également des phosphènes en quelque sorte "négatifs" qui apparaissent comme une sorte d'écran noir. Tous ces phosphènes sont présents pendant que dure la fixation de la lumière et peuvent se prolonger plusieurs minutes après celle-ci, tout dépendant des circonstances, des individus et, bien sûr, de l'intensité lumineuse.

Le docteur Lefebure n'aurait pu entendre parler des "prodiges solaires" sans songer qu'ils avaient un rapport évident avec les phosphènes. Aussi expérimenta-t-il en ce domaine comme en d'autres. Il constata ainsi que les "danses" et les tournoiements apparents du soleil étaient d'authentiques phosphènes qui variaient et pouvaient même être contrôlés en fonction de balancements du tronc et de mouvements des yeux ; mais aussi au moyen de la respiration et d'une certaine forme de "vide mental". D'autres facteurs lui parurent pouvoir augmenter l'intensité des phénomènes comme par exemple un jeûne, un renversement de la tête en arrière, ou le clignement rapide des paupières. Dans le cadre de ses expériences en la matière, le docteur Lefebure constata que le fractionnement apparent du soleil en deux parties s'expliquait aisément du fait du décentrement des axes des yeux par rapport à l'objet unique qu'est le soleil situé à l'infini optique. Au début de la scission en deux du phosphène solaire, il remarqua également une tendance à l'apparition d'une image en forme d'haltères.

Le docteur Lefebure a remarqué que les rapides changements de trajectoire des phosphènes d'origine solaire rappellent étrangement ce qui est dit dans certains rapports d'observations d'ovnis. Or, toutes les couleurs, les formes et apparences des phosphènes décrits par le docteur Lefebure se rencontrent aussi dans ces rapports et l'on peut en conclure que certains ovnis pourraient être causés simplement par des phénomènes d'origine phosphénique...

Si les exercices pédagogiques de mixage phosphénique prônés par le docteur Lefebure appartiennent à l'évidence au domaine des erreurs pseudo-scientifiques engendrées par une idée fixe et sont formellement à déconseiller vu leur dangerosité pour l'appareil oculaire, les observations de ce médecin et de ses élèves sont néanmoins extrêmement intéressantes et, puisqu'il s'est trouvé des gens assez imprudents pour effectuer de telles expériences, il convient d'en profiter en les signalant. Elles éclairent en effet complètement l'origine des prétendus prodiges solaires... (1)

Nos lecteurs étant à présent informés de ce que sont les illusoires images phosphéniques, ils pourront interpréter assez facilement les événements et témoignages qui suivent...

Au printemps 1947, dans une chambre d'hôpital de Montichiari, en Italie du Nord, Pierina Gilli (née en 1911), qui était infirmière, vit la Vierge lui apparaître. Sa poitrine était transpercée de trois glaives, elle pleurait et ses larmes tombaient par terre. La Vierge dit: "Prière, Pénitence, Réparation" et disparut. Le 13 juin, une nouvelle apparition eut lieu au même endroit. Cette fois, en lieu et place des trois glaives, il y avait trois roses. L'apparition expliqua qu'elle souhaitait une nouvelle dévotion mariale et donna son nom : "Rosa Mystica.". Après cela, la Vierge apparut encore plusieurs fois à sa voyantes et, une fois même, elle fut accompagnée de Jacinthe et Francisco, les voyants décédés de Fatima. Le 8 décembre, il y eut une apparition devant des milliers de gens qui ne virent rien de particulier mais on signala néanmoins deux guérisons miraculeuses.

Après ces événements, sur l'ordre de l'Evêque de Brescia, la visionnaire passa plusieurs années à Brescia comme aide dans un couvent. En 1966 commença pour elle une nouvelle série d'apparitions. La Vierge lui annonça d'abord qu'elle lui apparaîtrait désormais à la grotte de Fontanelle et, lors de sa première apparition en ce lieu, elle lui déclara que la source qui s'y trouvait serait dorénavant miraculeuse.

Le 13 mai, jour anniversaire des apparitions de Fatima, la Vierge apparut à la visionnaire en présence d'une vingtaine de gens et demanda que la source fut aménagée de manière qu'on puisse y plonger des malades. Le 9 juin, la Vierge réapparut encore et eut de nouvelles exigences, comme par exemple l'érection d'une statue la représentant. Le 6 août, il y eut encore une apparition devant deux cent personnes à la suite de quoi l'Evêque interdit à la voyante de se rendre désormais à cette grotte. Elle se soumit mais continua à revendiquer des apparitions. En 1971, elle prétendit que la Vierge lui avait demandé qu'une médaille soit gravée, portant l'inscription Rosa Mystica et Marie, Mère de l'Eglise.

A l'évidence, et tel fut apparemment le jugement de son Evêque, Pierina Gilli eut de fausses visions inspirées plus que probablement par les apparitions de Fatima, de Lourdes et de la rue du Bac.

Des guérisons miraculeuses ont été signalées à Fontanelle, et cela n'a pas lieu de surprendre ou d'inviter à ce qu'on s'y attarde. Mais ce qu'il y eut de plus singulier en ce lieu, ce furent les nombreux "prodiges solaires" qu'on y constata...

Voici des extraits du récit que fit l'un des témoins d'une scène qui se déroula à 16 heures le 20 avril 1969. "La journée n'était pas du tout belle, le ciel était couvert de nuages gris, l'air était frais. Je ne pouvais pas du tout me figurer quel signe devait venir. (...) Tous nous nous retournâmes et vîmes plein d'étonnement que la couverture de nuages fut déchirée et libéra un grand et large espace qui commençait à s'assombrir du côté de la lumière du jour et finalement se changeait en une nuit noire. (...) En effet, déjà je vis jaillir les étoiles. D'abord du côté droit, puis l'une après l'autre jusqu'à ce qu'une grande couronne de douze étoiles se fut formée. Maintenant apparut au loin un petit disque pâle qui visiblement s'agrandit et se dirigea horizontalement vers nous. Il se colora en rouge avec des nuances merveilleusement belles, fut balancé comme une lanterne au milieu d'une terrible tempête. Ensuite il s'approcha du bord des nuages et sembla tomber sur terre. De frayeur, nous tombions tous à genoux, en criant nous demandions secours à Dieu. Je croyais que le dernier jugement était arrivé et je n'eus plus qu'une pensée que mes enfants soient sauvés. Alors le soleil s'arrêta et commença à tourner sur son axe comme une roue en feu, d'abord à droite, ensuite à gauche, en projetant en même temps de longues flammes de feu sur la terre. Le ciel tout entier était plongé dans de la couleur rouge. Ensuite le soleil retourna dans le couloir sombre, mais en sortit ensuite de nouveau, vacillant, oscillant, comme si au ciel une grande tempête faisait rage. Maintenant la couleur rouge disparut au ciel, les nuages devinrent blancs comme la neige, et maintenant on vit aussi le soleil dans un beau blanc resplendissant. Il sortit du sombre couloir, se déplaça lentement vers nous, frémit légèrement et resta pendant quelques instants au milieu de la couronne d'étoiles. Ensuite il se divisa en deux parties et on vit une croix lumineuse. Maintenant le ciel se colora en jaune, les nuages prirent l'aspect de soufre et maintenant le soleil sortit en couleur jaune du couloir obscur, oscilla..." Le récit continue ainsi jusqu'à ce que le soleil ait repris sa place normale, caché derrière la trouée nuageuse qui s'était refermée.

Le 8 décembre, le même témoin assista à une nouvelle danse du soleil. Le ciel fut décrit cette fois par lui comme parfaitement serein. L'astre du jour commença par émettre des rayons lumineux clignotant selon le rythme morse qui correspond au signal SOS qui signifie "save our souls", c'est-à-dire "sauvez nos âmes". Après cela, voici ce qu'il se passa : "Maintenant, le soleil devint d'un rouge tendre, et au milieu apparut d'abord un petit point bleu qui grandit de plus en plus, se tourna très rapidement comme un disque, rejeta à droite et à gauche de nombreuses barres bleues qui avaient à un bout une boule bleue. Les barres flottaient d'abord dans l'air et s'élevaient distinctement au firmament. Tout-à-coup elles furent comme saisies par une main invisible, rassemblées en des figures géométriques et flottaient ensuite librement vers la terre. Une telle figure descendit devant mes yeux. Elle avait environ 10 m de haut et je commençai à compter mais je m'arrêtai bientôt, parce que je ne pouvais plus suivre une telle quantité. Ensuite, le tout s'assembla en un rosaire au bout duquel pendait une médaille. Je jetai un regard sur le champ couvert d'une légère couche de neige et l'on y vit distinctement les ombres des figures qui tombaient du ciel sur la terre. Donc pas un produit de notre imagination. Maintenant le tableau changea. Le soleil devint blanc et envoya de nouveau ses rayons vers l'est comme auparavant. Les signaux lumineux redevinrent nets : trois fois courts, une fois longs, trois fois courts et ceci se répéta trois fois. Donc de nouveau SOS. Je le vis très nettement. (...) Maintenant le soleil redevint jaune et se colora ensuite rapidement en rouge. Le point bleu apparut à nouveau, grandit et lança de nouveau des barres bleues mais qui maintenant avaient environ un mètre de long et étaient lumineuses à l'intérieur semblables à des lampes au néon. Elles aussi avaient une boule bleue à l'extrémité..." L'observateur continue ainsi longuement à décrire sa vision : les barres forment une échelle, puis apparaissent des éclairs avec, à leurs pointes, des boules bleues. Cette vision aurait duré 45 minutes après quoi il devint impossible de regarder le soleil de face sans être ébloui comme de coutume... (2)

Il est aisé de remarquer une certaine périodicité dans ces deux visions : elles se déroulent comme une succession de "tableaux rythmés". En fait, cette périodicité est d'origine purement physiologique et correspond aux processus de mise au point et de réponse à l'intensité lumineuse que les yeux effectuent automatiquement lorsqu'ils sont dirigés vers des sources lumineuses intenses. Un témoignage relatif à un "prodige solaire" qui eut lieu à San Damiano le 9 septembre 1977 est encore plus révélateur à ce propos : "La périphérie de l'astre est irrégulière, animée elle aussi de mouvements, mais de mouvements d'expansion, de rotation et d'oscillation brusque, beaucoup plus rapide que ceux de la surface ; le soleil semble palpiter tel un coeur qui bat et dont les pulsations donnent l'apparence que le volume diminue puis reprend sa taille normale ; on dirait un diaphragme que l'on ouvrirait et fermerait alternativement à un rythme plus rapide que le rythme cardiaque normal." (3)

On multiplierait sans la moindre difficulté les témoignages du genre, provenant généralement de gens de parfaite bonne foi. Or, aujourd'hui, l'Eglise n'est plus dupe et ne les retient plus en faveur de la surnaturalité des apparitions qui lui sont signalées. Pire : certains prêtres, bien informés, expliquent ces visions de façon parfaitement scientifique. Ainsi, l'abbé Vauthrin, par ailleurs polytechnicien, a-t-il écrit, sous couvert de l'Imprimatur et du Nihil Obstat : "Dans les lieux-dits d'apparitions, nombreux sont les gens qui s'imaginent que le soleil tourne ou que tombent des pluies de fleurs. Voyant le soleil bouger par rapport à des branches, ils croient que l'arbre est fixe et que c'est le soleil qui danse. Illusion bien connue des mouvements relatifs. Ou bien, regardant la terre, après avoir fixé le soleil, ils se figurent y apercevoir un tapis de violettes et ils se baissent pour les ramasser. Miraculeusement, disent-ils, elles ont disparu, alors qu'il ne s'agit, tout simplement que d'un effet de couleurs complémentaires." (4)

Hélas! les braves gens, crédules et naïfs, ignorent ces choses ainsi que les avertissements des ophtalmologues. Si les témoignages relatifs aux prétendus prodiges solaires font l'objet, bien souvent, de publications diverses largement répandues, on ne trouve pas, dans celles-ci, ce que la presse régionale signale parfois, à savoir que quantités de gens qui ont regardé le soleil en quête de prodiges, ont perdu plus ou moins la vue...

En 1982, le journaliste Robert Serrou signalait déjà la chose dans Paris Match, à propos des apparitions que prétendait avoir une certaine Blandine Piegay, qui habitait avec ses parents dans la banlieue de Saint-Etienne, en France. En 1987, la presse signala que près de 250 siciliens avaient dû être traités à la clinique ophtalmologique Santa Marta de Catane après avoir voulu assister aux prodiges solaires annoncés par un jeune homme de 15 ans qui disait voir la Vierge une fois par mois. Trois mois plus tard, près de Pescara, six personnes furent victimes, dans les mêmes circonstances, d'une femme qui prétendait elle aussi voir la Vierge et qui avait annoncé qu'un signe apparaîtrait devant le soleil à mi-journée. En 1993, c'est une trentaine de personnes qui perdirent de manière irréversible 45% de leur vision dans la région de Grenade où sévissait un guérisseur-voyant de 20 ans...(5)

On pourrait multiplier les exemples dramatiques et rappeler aussi l'exemple de cette secte indienne fanatique dont les membres ne cessent d'observer le soleil jusqu'à cécité totale... (6)

A mesure que les années passèrent et que certaines techniques devinrent facilement accessibles à des amateurs, les clichés et les films pris lors d'apparitions mariales se multiplièrent. Ainsi a-t-on même fini par commercialiser des cassettes video montrant toutes sortes de prodiges lumineux, solaires ou autres.

Si on laisse de côté certains trucages évidents et un bon nombre de double-expositions accidentelles, force est de constater que les photographies et les films de prodiges divers associés à des apparitions mariales ne proposent pas autre chose que des taches et des rayons lumineux que n'importe quel photographe un tant soit peu averti peut aisément identifier. Toutes sortes de réflexions lumineuses parasites au sein des objectifs photographiques peuvent en effet fournir de très originales "apparitions" ou de remarquables "prodiges lumineux". Parfois, la conception même des appareils ou de leurs films est en cause. Ainsi, par exemple, certains appareils photos de type Polaroïd peuvent, quand ils sont utilisés de façon particulière, produire des taches lumineuses que des naïfs ont prises pour "la porte du ciel" ou des "ailes d'anges". (7)

Plusieurs films video ont montré, lors de "danses du soleil", des disques lumineux perforés ou comportant, sur leur pourtour, des encoches. Il ne s'agissait là encore aucunement de prodiges solaires ou même d'ovnis, comme certains l'ont suggéré ; mais bien d'images engendrées par la forme même de certaines pièces mécaniques qui sont présentes dans les zooms électriques dont sont munies les caméras utilisées par les amateurs. (8)

Rien n'empêchera jamais des naïfs et des sectaires d'estimer que ces photographies et ces films témoignent de véritables prodiges d'origine mystique ou extraterrestre. Et il se trouvera même toujours ici et là un prétendu "spécialiste" qui sera prêt à signer une fallacieuse "expertise" pour démontrer le contraire de ce que toute personne compétente en la matière est capable de conclure rapidement. Tous ces sectaires et ces charlatans ne méritent pas qu'on perde avec eux, en vaines discussions, un temps précieux.

REFERENCES :

1) LEFEBURE (F), Le mixage phosphénique en pédagogie, Paris, R. Chaix, 1980, p. 207-215
2) WEIGL (A.M.), Marie - Rosa Mystica, Montsûrs, Impr. Kayser, 1990, p. 65-71
3) CASTELLA (A), San Damiano - Le message de N-D des Roses, Hauteville, Ed. du Paris, 1989, p. 39
4) BILLET (B) et consorts, Vraies et fausses apparitions dans l'Eglise, Paris, Lethielleux, 1976, p. 48
5) Paris-Match du 07.05.82
La Meuse La Lanterne du 17.12.87 et du 10.03.88
La Vangardia du 18.0693
6) ELIADE (M), Traité d'histoire des religions, Paris, Payot, 1949, p. 135
7) Skeptical Enquirer, March-April 1996, p. 19-20
8) Inforespace, Bruxelles, Sobeps, novembre 1990, p. 25-30

Les prodiges solaires ne sont pas nouveaux. Deux gravures extraites de la collection Wickiana (Suisse) en représentent d'anciens.

Ci-dessous, le 14 avril 1561, au-dessus de Nuremberg, on vit au voisinage du soleil un grand nombre de sphères de couleur rouge, bleue ou noire. On vit également des carrés, des tuyaux et des lances.


Ci-dessous, le 7 août à Bâle, on vit de grosses boules noires qui se dirigeaient vers le soleil puis s'en éloignaient avant de devenir rouges

 

RETOUR A LA LISTE DES ARTICLES