S'AGIT-T-IL DE SECTES ?

 

Lorsque, tout jeune adolescent, j'ai rencontré les dirigeants du groupe ufologique belge BUFOI, j'ai été immédiatement surpris et conquis par leur simplicité, leur gentillesse et leur apparente grande ouverture d'esprit. Les mois puis les années passant, rien ne me fit changer d'avis à leur égard. Je trouvais même que ces gens avait un bon sens et un équilibre psychologique rares. Tout, chez eux, respirait le bonheur de vivre et l'harmonie, même par rapport aux multiples contrariétés de la vie quotidienne.

Et pourtant...

Quand vint le jour où ils durent essuyer de ma part certaines questions ou critiques embarrassantes au sujet d'Adamski, dont ils défendaient l'authenticité des dires, je notai chez eux d'étonnants changements d'attitude. Je m'attendais à ce qu'ils s'interrogent tout autant que moi, excités à la pensée qu'ils puissent découvrir des choses nouvelles ; mais pas du tout : chez la présidente du groupe, un certain étonnement fit vite place à sa sérénité habituelle tandis que chez son époux il n'y eut même pas d'étonnement mais une volonté délibérée de "faire l'autruche". Tous deux réagirent comme des croyants dont rien ne pouvait ébranler la foi aveugle. Le temps passant, mes critiques se firent plus vives, plus pointues. Elles rencontrèrent alors une hostilité de plus en plus marquée, jusqu'au jour où celle-ci se mua en véritable réaction défensive mêlée de rejet et de haine. A aucun moment, hélas, ces gens n'envisagèrent que je voulais vraiment les aider à se secouer de leurs erreurs en réfléchissant librement sur des faits précis.

Des années après avoir quitté ce groupement, l'idée s'imposa à moi que beaucoup d'autres groupements ufologiques se caractérisaient par des réactions sectaires. Elargissant ensuite ma réflexion, je me mis à considérer l'ensemble des groupements pseudo-scientifiques sous un angle nouveau : celui dont on regarde parfois les sectes...

Lorsqu'on parle de sectes ou que l'on pense aux sectes, on fait généralement automatiquement une assimilation entre elles et des croyances religieuses. En outre, le mot lui-même a pris une connotation nettement péjorative, toutes les sectes étant désormais réputées néfastes. Il y a là, je pense, pas mal d'abus de langage et d'idées. Néanmoins, ne peut-on considérer que tous les groupes humains inféodés à un système de croyances fonctionnent un peu comme des sectes ?

Le principe général est en effet toujours le même : tant qu'un groupe sectaire estime que ses croyances sont susceptibles de lui attirer de nouvelles ouailles, il se sent fort et ses adeptes nagent dans une sorte de bonheur qui les place tous un peu sur un nuage. En revanche, lorsque les croyances paraissent de moins en moins justifiées et que diminue le nombre de nouvelles recrues ou, pire, des adeptes, une crispation apparaît. Les propos virent alors à l'aigre et les dirigeants du groupe acquièrent une attitude défensive en lieu et place de celle, conquérante, qui précédait. Les sourires béats ou angéliques sont bien vite remplacés par des lèvres serrées ou des bouches qui éructent des menaces ou des insultes. A un stade ultérieur, quand le groupe sent que ses croyances sont menacées et contestées de l'extérieur, il se replie sur lui-même tandis que ses principaux dirigeants radicalisent de plus en plus leurs discours et crient à la persécution. Enfin, on assiste soit à un démembrement complet du groupe par une sorte de processus comparable à une implosion. Cette fin brutale peut parfois n'être qu'un suicide intellectuel par dissolution pure et simple du groupe, mais elle peut aussi, dans certains cas graves, prendre l'aspect d'un suicide physique collectif.

Je prie mes lecteurs de réfléchir à ce qui précède en choisissant dans leur mémoire des groupements divers qu'ils ont bien connus et qui étaient réunis sous la bannière d'une ou de plusieurs croyances. Les exemple abondent, aussi bien en politique que dans les fausses sciences. Songez surtout à des groupes qui n'existent plus aujourd'hui et rappelez-vous quelles furent les étapes qui conduisirent à leur dissolution. Sans doute reconnaîtrez-vous chez eux le schéma évolutif que je viens de tracer...

Cela fait, réfléchissez à l'impact considérable que cette observation peut avoir sur la manière de traiter ces groupements. Vous découvrirez qu'il ne sert à rien de discuter avec de tels individus, tout raisonnement censé étant voué à recevoir, en échange, des affirmations captieuses n'ayant parfois qu'un lointain rapport avec les arguments qu'elles prétendent réfuter. Vous vous rendrez compte aussi que le ton des discours d'un tel groupement vous renseignera aisément sur le fait qu'il se sent ou non menacé au niveau de ses croyances.

Bref, vous apprendrez ainsi à mieux connaître des gens qu'il est certes intéressant de fréquenter d'un point de vue sociologique, mais qu'il ne faut jamais suivre, sous peine de tomber dans des filets dont il est parfois malaisé de sortir.

Mais que faire, me direz-vous, pour lutter contre l'influence pernicieuse de ces groupements dont le but essentiel est de propager des idées fausses ?

C'est par l'éducation et l'enseignement que l'on peut le mieux apprendre aux futurs adultes à se méfier des systèmes fondés sur la croyance plutôt que la démonstration. Rendre obligatoire, dans les écoles, un cours d'histoire des croyances religieuses ou autres serait le plus grand bienfait que l'on pourrait accorder aux générations futures. Car l'histoire des croyances, de par ce qu'elle nous apprend, nous libère du joug des prêtres, des gourous et des dirigeants de toutes sortes qui rêvent de faire penser les autres comme eux ou qui cherchent à assujettir le plus grand nombre d'individus à des idées fausses pour mieux les écraser. La culture et les connaissances seront toujours des lumières qui feront reculer les ténèbres de l'ignorance où naissent et s'épanouissent des croyances de toutes sortes, aussi absurdes soient-elles.

Regardez autour de vous ceux qui propagent des idées fausses même lorsqu'ils sont nantis de diplômes universitaires prestigieux. Tous sont des esprits profondément religieux ou profondément sectaires. Aucun ne dispose d'une absolue indépendance d'esprit. Aucun ne raisonne comme il le faudrait dans l'intérêt collectif. Ce qu'il y a d'affolant, quand on constate la chose, c'est de songer qu'il y a tant de naïfs pour suivre de tels gourous !

Liège, le 25 décembre 2006

 

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