(PETIT) REBONDISSEMENT A PROPOS DU CAS ADAMSKI

 

Dans mon dernier ouvrage en date, intitulé "Le cas Adamski" et paru à Paris aux éditions de L'Oeil du Spinx en septembre 2010, j'ai expliqué pourquoi les quatre photographies qu'Adamski disait avoir prises le 13 décembre 1952 ne pouvaient pas avoir été réalisées comme il l'avait expliqué.

Je résume ci-dessous le canevas de ma démonstration.

Outre que le télescope d'Adamski n'était pas du tout adapté à la photographie, le matériel photographique proprement dit qui y avait été fixé aurait rendu toute tentative de photographie particulièrement longue, délicate et extrêmement difficile. Adamski utilisait en effet non pas un appareil équipé de rouleaux de pellicule, mais bien un appareil dans lequel il devait glisser une à une des sortes de petits boitiers composés chacun d'une plaque sensible en verre protégée de part et d'autre par des lames opaques à la lumière. Pour prendre une seule photographie, Adamski devait se placer sous une cape sombre, ouvrir l'obturateur, mettre au point l'image sur un verre dépoli situé à l'arrière de l'appareil, fermer ensuite l'obturateur, retirer le verre dépoli et faire glisser à sa place le boitier porte-plaque dans l'appareil, retirer les deux lames protectrices, ouvrir puis fermer l'obturateur le temps de réaliser une pose correcte, réintroduire les deux lames protectrices dans le boitier porte-plaque et, enfin, retirer ce boitier porte-plaque pour le mettre bien à l'abri en dehors de l'aire où il se mouvait. Bien entendu, avant toutes ces opérations, Adamski devait rechercher l'objet à photographier grâce à la petite lunette (le "finder") fixée sur le côté du télescope, pointer correctement ce dernier et le fixer sur cette cible, puis seulement songer ensuite à commencer les opérations photographiques. En suivant à la lettre le récit qui fut donné par Adamski, j'ai pu conclure que ce dernier dut se livrer à un minimum de 38 opérations manuelles différentes, complexes et minutieuses, car comportant chacune plusieurs gestes précis. Quiconque veut essayer d'imaginer la scène ou, mieux, de la reconstituer, ne peut croire un seul instant que tous ces gestes purent être réalisés en l'espace de trois ou quatre minutes et sans que tous ces gestes de traction et de pression au niveau d'une boîte décentrée par rapport au télescope et reliée à ce dernier par un long tube ne donne lieu à des déplacements minimes du tube du télescope, déplacements qui auraient nécessité un recadrage au moyen du "finder" ce qui aurait encore augmenté le nombre des opérations et prolongé la durée de celles-ci.

Dans le très bref récits qu'Adamski consacra à la réalisation de ses quatre photographies, on lit qu'il prit rapidement deux clichés, puis qu'ayant réalisé que toute la soucoupe n'était pas visible il modifia le cadrage en faisant pivoter l'appareil photo autour de l'oculaire pour prendre un troisième cliché suivi bientôt d'un quatrième pris au moment où la soucoupe redémarrait. Tout cela, ajouté au fait qu'Adamski précisa qu'il dut se contenir pour calmer sa fébrilité donne l'impression d'une durée relativement courte qui ne saurait dépasser je pense 3 ou 4 minutes (ce qui est un temps fort long pour quiconque veut le mesurer en dehors de toute activité fébrile).

Quelle que put être l'invraisemblance du récit d'Adamski par rapport aux difficultés réelles qu'il aurait rencontrées pour réaliser -et surtout réussir !- ses clichés, on a beau mettre les quatre photos dans n'importe quel ordre chronologique, jamais on n'arrive à faire coïncider ces images avec le récit qui disait clairement que deux images devaient montrer la soucoupe sous un certain angle et deux autres ensuite sous un autre (l'appareil photo ayant pivoté autour de l'axe de l'oculaire).

Outre tout ce qui précède, certaines particularités des clichés semblent indiquer qu'ils ne furent pas réellement pris au travers d'un télescope et le témoignage d'un astronome américain semble désigner Martin Sloan comme le photographe professionnel qui les réalisa, à la demande d'Adamski lui-même.

Ici aurait pu s'arrêter ma démonstration. Mais j'avais trouvé un jour une photo d'Adamski, non répertoriée jusque-là parmi les quatre bien connues, et qui me fit écrire qu'il y avait cinq et non pas quatre photos. Cette cinquième photo paraissait étrange, comme si la soucoupe avait été bosselée, ce qui pouvait faire comprendre pourquoi Adamski avait préféré ne pas en parler. J'ai dénommé ce cinquième cliché le "cliché assassin" parce que non seulement il justifiait davantage encore les élements de ma démonstration, mais aussi parce qu'il paraissait démontrer davantage encore que le récit d'Adamski ne correspondait pas du tout aux clichés qui étaient en sa possession.

+ + +

J'en étais là lorsque je fus contacté par un ufologue qui me fit deux remarques utiles à la vérité historiques. D'une part il me mit sur la piste d'une autre version du "cliché assassin" et d'autre part il me suggéra que deux des quatre photographies d'Adamski publiées jadis par Leslie étaient un seul et même cliché dont le meilleur des deux avait été en quelque sorte "flouté"

Fortement intéressé par ces informations, j'ai effectué une série de vérifications. Et voici ce que je puis dire à présent...

En 1970, l'éditeur Neville Spearman publia une version révisée et augmentée par Desmond Leslie du livre que ce dernier publia primitivement de consort avec Adamski sous le titre Flying Saucers Have Landed. Dans cette nouvelle édition, Leslie expliqua (page 245) qu'il détenait la quatrième photographie d'Adamski non encore publiée et que celle-ci se différenciait d'une autre par le fait qu'elle était plus floue et que, la soucoupe ayant légèrement pivoté, un quatrième hublot était visible. Ce cliché semblait effectivement correspondre à la fin du récit d'Adamski qui avait dit qu'il avait pris cette photographie au moment où l'engin s'était mis à bouger. Or, mon correspondant disait que le cliché publié par Leslie n'était qu'une version floutée de celui déjà bien connu publié par Adamski et Leslie dès 1953. L'idée me vint d'effectuer une comparaison rigoureuse en juxtaposant les deux photos à la même échelle l'une en dessous de l'autre et en glissant par-dessus un quadrillage. L'opération fit apparaître que si les bords de droite et de gauche de la "tourelle à hublots" se situaient sur les mêmes verticales du quadrillage, il n'en était pas de même des "sphères d'atterrissage" qui semblaient décalées, ce qui renforçait l'idée d'une légère rotation de l'engin au moment du démarrage. Cependant, mon ami Wim Van Utrecht se fit l'avocat du diable dans cette affaire et me montra qu'en réalisant un cliché flouté de la première photo il obtenait un résultat semblable, le décalage étant engendré par le floutage. Il me fit d'autre part remarquer que les bords de la "jupe" de la soucoupe coïncidaient si parfaitement lorsqu'on superposait les deux photos qu'il y avait de fortes chances qu'on se trouve effectivement en présence de deux versions d'inégale qualité d'une seule et même photo. Cependant, Wim Van Utrecht me faisait encore remarquer, comme je le savais déjà, que tous les clichés d'Adamski avaient été retouchés manuellement par les éditeurs dans un but pseudo esthétique. Waveney Girvan, le premier éditeur d'Adamski, alla même jusqu'à dire qu'il les avait recadrés (et donc amputés partiellement ! ) ce qui rendait d'autant plus difficile leur étude rigoureuse.

Bref ; si divers éléments inclinent à faire preuve de beaucoup de prudence en cette affaire, je dirais qu'il y à 80% de chances que les deux clichés publiés par Leslie n'en soient qu'un seul. Et, dans ce cas, le cliché que j'ai nommé "assassin" ne serait plus un cinquième cliché, mais bien le quatrième qui n'avait pas été publié par Adamski.

Qu'est-ce que cela change à la démonstration que j'ai publiée dans mon livre ?

A la fois beaucoup et pas grand chose. Et je vais m'en expliquer...

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Si Adamski n'a disposé que de quatre clichés en tout (fournis sans doute par Martin Sloan) son récit s'en trouve un peu moins faux mais n'en devient pas vrai pour autant. En effet les trois premiers clichés publiés dès les années 50 par Adamski et le quatrième que j'avais pris pour un cinquième ne forment toujours pas un ensemble de 2 X 2 clichés selon deux cadrages différents. Au mieux, si l'on considère le pseudo cinquième cliché comme le dernier qu'Adamski n'a pas voulu publier parce qu'il était de moins bonne qualité, on a un premier cliché pris selon un certain cadrage, un second pris sous un autre angle et deux autres pris sous un troisième angle. Et l'on pourra retourner le problème comme on le voudra, la série complète offrira toujours trois cadrages nettement différents et non deux comme expliqué par Adamski dont le récit est donc bel et bien fictif.

J'avais supposé qu'Adamski avait éliminé le cinquième cliché parce que ce dernier montrait, sur la jupe de la soucoupe, une bosse apparente ou réelle. Il semble cependant, compte tenu d'une autre version de cette image que j'ai pu voir, que la "bosse" fut un artefact du à une mauvaise reproduction dans le livre de M. Hesemann. Ce cliché n'est donc pas d'une qualité foncièrement moindre que les autres et la raison pour laquelle Adamski ne le publia jamais est donc désormais peu compréhensible.

Reste un mystère : d'où vient le (pseudo ?) quatrième cliché de Leslie si l'on considère qu'il n'est qu'une mauvaise reproduction d'un des clichés déjà publié par Adamski dans son premier livre ? On pourrait imaginer que Leslie tricha afin de créer un scoop pour la réédition de son livre. Mais c'eut été courir un bien grand risque car la Fondation Adamski, en la personne d'Alice Wells, aurait pu dénoncer rapidement l'opération. Or, Alice Wells ne broncha pas. N'y vit-elle que du feu ou alors ce cliché existait-il réellement ? Dans cette dernière hypothèse, notons-le, on serait alors ramené à une réelle série de cinq clichés au lieu de quatre. On pourrait cependant tout aussi bien imaginer que Leslie fut victime d'un faussaire et qu'il aurait reçu de lui ce cliché qu'il aurait pris pour pain béni. Pourtant, Leslie visita Adamski dans les années cinquante et il a raconté qu'il vit là les originaux. S'il les vit, comment aurait-t-il pu confondre ensuite et prendre pour vrai un faux si différent du vrai ?

On le voit, si l'on s'en tient aux attitudes de Leslie et d'Alice Wells, rien n'est clair en cette affaire. Vraie série de quatre, vraie série de cinq ou fausse série de cinq avec un faux quatrième ? Les trois principaux protagonistes étant décédés (Adamski, Leslie et Wells) on ne pourra plus les interroger. Et je ne crois guère que le fils Steckling, actuellement à la tête de la "George Adamski Foundation", soit susceptible de fournir sur cette affaire des explications qui puissent être jugées crédibles par des historiens sérieux. Le mieux qu'il pourrait faire, serait de remettre les plaques originales à un représentant de la loi en lui demandant d'en faire publier des positifs non retouchés. Si là encore on ne pourrait être certain que Glenn Steckling aurait remis tous les clichés dans les mains de cet homme de loi, au moins pourrait-on juger ainsi si le récit d'Adamski peut tant bien que mal s'accorder aux cadrages réels que montreraient les clichés ainsi révélés pour la première fois sans aucune retouche ou recadrage. Mais tout ceci n'est, je pense, qu'un souhait qui n'a guère de chances de se réaliser.

 

Marc HALLET - Liège, le 21 janvier 2012

 

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