CE QU'ILS PARAISSENT INCAPABLES DE COMPRENDRE...

 

Un récent débat ufologique sur Sud Radio (novembre 2011), m'a permis d'entendre une fois de plus -dans la bouche de Jean-Claude Bourret, cette fois- une argumentation absurde à laquelle beaucoup de chercheurs parallèles semblent accrochés comme à un hochet.

Voici cette argumentation résumée en quelques lignes...

"Les scientifiques sont des gens bornés et la science fonctionne comme une véritable secte qui détiendrait une vérité unique. La presse scientifique a des tabous et est fermée à toute une série de sujets. Pour qu'un article y soit accepté, il faut nécessairement qu'il soit écrit par un scientifique qui est un adepte des idées reçues en science. Et ces mêmes scientifiques osent reprocher à la presse ufologique de n'être rédigée que par des ufologues ! "

D'aucuns pourraient dire que Jean-Claude Bourret est de mauvaise foi. Je pense plutôt qu'il est incapable de comprendre ce qu'est réellement la science et la manière dont elle fonctionne. Car Jean-Claude Bourret qui se vantait d'avoir écrit plus de quarante livres sur toutes sortes de sujets, a, selon moi, une tendance à prendre ses connaissances pour la marque d'une formidable érudition alors qu'elles me font plutôt penser à un vernis de culture journalistique...

Reprenons et corrigeons l'argumentation de Jean-Claude Bourret et de ses semblables.

Les scientifiques avouent beaucoup d'ignorance dans tous les domaines et c'est bien pour cette raison qu'ils continuent à chercher. Ils ne prétendent donc pas détenir LA vérité, mais considèrent simplement que ce que la majorité d'entre eux tient pour établi est ce qui a le plus de chances de se rapprocher de la réalité. Cela signifie que la science fournit à chaque instant, au travers de ce que pensent la majorité des scientifiques, une image aussi proche de la réalité que possible, cette image évoluant sans cesse au fil des découvertes. Contrairement à ce qu'un large public peut penser, les connaissances scientifiques résultent d'un amoncellement de preuves qui s'additionnent et s'interpénètrent entre elles pour former un solide édifice de connaissances qui ne risque jamais d'être bouleversé, de vaciller ou même de s'effondrer à la lumière d'une nouvelle découverte, aussi extraordinaire puisse-t-elle être. Pour dire les choses simplement, les nouvelles découvertes qui s'ajoutent aux précédentes nécessitent tout au plus, parfois, quelques modestes ajustements d'une petite partie de l'édifice. Sans plus. La notion de bouleversement scientifique correspond donc davantage à une rêverie journalistique qu'à une réalité quelconque, tout particulièrement dans la science moderne qui a hérité d'une méthodologie précise qui a fait ses preuves au fil des décennies.

Poussant jusqu'à l'absurde sa "démonstration" et voulant souligner la valeur des témoignages ufologiques, Jean-Claude Bourret expliqua que toute expérience scientifique, même reproduite cent fois, n'en demeurait pas moins cent témoignages humains tout aussi fragiles en théorie que les témoignages ufologiques. Il faut oser ! A moins qu'on ne démontre ainsi qu'on n'y comprend rien du tout et, conséquemment, qu'on confond tout.

Et c'est sans doute pourquoi les ufologues nous resservent sans arrêt la même soupe argumentaire indigeste : ils ne comprennent rien à la méthodologie scientifique et confondent alors forcément celle-ci avec l'absence totale de méthodologie qui caractérise leurs activités.

Aucun scientifique ne nie que la vie puisse exister ailleurs que sur la Terre. C'est en effet chose possible. Mais les opinions des uns et des autres divergent ou varient dès lors qu'il est question d'évaluer le degré mathématique de probabilité que la vie se soit développée ailleurs que sur la Terre ou quand il est question d'en évaluer le degré probable d'évolution. C'est dans de telles circonstances qu'on voit bien qu'en science il n'existe pas une vérité unique, dogmatique, à laquelle chacun doit se plier !

Imaginons un instant qu'une vie aussi évoluée ou même plus évoluée que celle qui se rencontre sur Terre existe ailleurs. Cela ne signifierait en rien que cette vie a rencontré ou rencontrera la nôtre ou que nous la découvrirons un jour par nos propres moyens. Et cela signifierait encore moins que les ovnis puissent exister ou existent forcément. Ce sont là des choses, des sujets qui n'ont pas de rapport nécessaire entre eux, contrairement à ce que semblent le croire la plupart des ufologues. D'ailleurs certains d'entre eux n'hésitent pas à affirmer que les ovnis ne sont pas forcément des machines en "tôles et boulons" et qu'ils ne sont pas du tout pilotés par des extraterrestres. Les ovnis extraterrestres sont donc simplement l'idée dominante en ufologie.

Jean-Claude Bourret s'est élevé contre l'expression "communauté scientifique" qui, selon lui, ne veut pas dire grand chose, voire rien du tout. Il est exact que cette expression regroupe malheureusement à la fois les scientifiques qui souscrivent aux idées dominantes dans le domaine scientifique, mais aussi les autres, qu'on appelle, selon les cas, les francs-tireurs, les déviants ou les égarés. J'ai dit qu'en science, l'idée dominante était celle qui était considérée comme la plus proche de la réalité. Certains s'en écartent, mais généralement d'assez peu. On les considère parfois comme des visionnaires ou, à l'inverse, comme des retardataires. Mais ils ne faut pas confondre ces francs-tireurs qui se démarquent de la majorité par seulement quelques idées très personnelles, avec ceux qui finissent par adopter d'une manière générale, une méthodologie et des raisonnements complètement erronés. Il est important de comprendre que dès lors qu'un scientifique fonde ses recherches sur des idées préconçues et s'arrange pour aboutir systématiquement à démontrer en apparence ce à quoi il croyait au départ, il fait tout de travers d'un strict point de vue scientifique et doit donc être considéré dans un premier temps comme un déviant puis ensuite, s'il persiste dans son comportement, comme un égaré, c'est-à-dire quelqu'un qui est perdu tant d'un point de vue personnel que par rapport à la science. Ces gens-là sont habituellement guidés par des idées fixes et des préjugés qui leur font commettre les pires erreurs de raisonnement et les pires écarts méthodologiques dont eux seuls ne sont pas conscients. C'est pourquoi ils s'excluent eux-mêmes d'un système qui fonctionne admirablement bien sur des bases méthodologiques précises et incontournables. Cette exclusion provoque souvent chez eux l'apparition puis le développement de ce que l'on appelle (assez mal à propos) le syndrome de Galilée : ils se persuadent que leur originalité est la marque évidente de leur génie et que ce dernier est si élevé qu'il ne pourra être reconnu que dans les siècles à venir. Les uns, ne supportant plus cette incompréhension, finissent par se suicider. Les autres, plus délirants sans doute, s'en accommodent de mieux en mieux et finissent par rejoindre cette catégorie particulière de cinglés qui fait les délices de certains blaviéristes ou berbiguiéristes, amateurs de crétins loufoques et de fous littéraires...

 

Marc HALLET - Decembre 2011

 

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