LES ASTRONOMES VOIENT-ILS DES OVNIS ?

 

Quand on lit ce qu'écrivent certains ufologues, on peut avoir l'impression qu'ils prennent systématiquement les astronomes et les astrophysiciens pour des imbéciles, des menteurs ou des conspirationnistes qui n'auraient rien de mieux à faire que de cacher que les ovnis existent et qu'ils viennent d'autres planètes.

Curieusement, ce sont souvent les mêmes ufologues qui, en d'autres endroits, dressent des listes d'astronomes qui auraient vu des ovnis. Comme si les témoignages d'imbéciles ou de fourbes acquéraient subitement pour ces ufologues plus de poids que celui d'honnêtes gens.

Passons sur cette contradiction extravagante car les ufologues ne sont pas avares de telles choses. La preuve : d'autres ufologues semblent reconnaître qu'en effet les astronomes ne voient pas d'ovnis et ils en fournissent non pas une mais deux explications. Première explication : l'oeil rivé à leurs télescopes, les astronomes ne pourraient voir qu'une très faible portion du ciel et diminueraient ainsi d'autant les chances de voir un ovni par rapport au simple quidam qui, lui, peut embrasser toute la voûte céleste d'un simple coup d'oeil. Deuxième explication dont Pierre Lagrange s'est fait le chantre en France : les astronomes n'observeraient plus le ciel depuis qu'ils ont des télescopes automatisés qui font ce travail à leur place. Admirons là encore la contradiction : selon les uns les astronomes vivent rivés à l'oculaire des telescopes et selon les autres ils s'en tiennent généralement éloignés !

Voilà des raisonnements et des affirmations loufoques qui font évidemment s'esclafer les astronomes et qui permettent de comprendre pourquoi ceux-ci prennent en conséquence les ufologues pour de parfaits imbéciles. Ce qui a évidemment le don de scandaliser de leur côté les ufologues qui, eux, se prennent souvent pour des génies méconnus ou incompris.

Un astrophysicien me décrivit un jour les nuits enchanteresses qu'il passait de temps en temps à discuter avec ses collègues sur la terrasse de certains observatoires situés en des endroits où les cieux sont encore d'une limpidité quasi absolue. Ces discussions sous une voûte céleste magnifique se déroulaient quand leurs instruments effectuaient automatiquement divers travaux. Outre ces grands professionnels de l'astronomie, il y a des multitudes d'astronomes amateurs, à travers le monde, qui, le soir venu, en des endroits idéalement situés, se livrent aux joies de l'observation et de la photographie astronomique. Tous ces gens-là observent nuitament le ciel aussi bien à l'oeil nu qu'à l'aide de jumelles ou de telescopes. Imaginez-les vivant ainsi leur belle passion et vous aurez une idée plus juste de la réalité des choses qui est à l'opposé des calembredaines que racontent les ufologues pour expliquer ce qui, pour eux, semblerait inexplicable autrement !

Les faits sont là : l'écrasante majorité des astronomes, amateurs ou professionnels, pour lesquels le ciel est un compagnon naturel qu'ils fréquentent au quotidien, sont unanimes pour dire qu'il n'y a pas d'ovnis ou qu'en tout cas ils n'en ont jamais vu un seul.

Mais ce n'est pas tout. Ces dernières années, l'astronomie s'est beaucoup intéressée aux comètes et aux astéroïdes. C'est à une véritable chasse de tous ces objets que se livrent désormais des milliers de spécialistes en la matière, professionnels ou non. Ils observent et photographient donc sans relâche une portion de notre système solaire relativement proche. Si le moindre transporteur d'un autre monde y pénétrait, ils le verraient, le photographieraient et donneraient aussitôt l'alerte. A ces toutes ces observations, il faut ajouter les systèmes de repérage automatiques mis au point pour détecter et suivre en permanence les débris de satellites petits ou gros qui orbitent autour de la Terre. Ces instruments permettent de maintenir à jour une cartographie de ces objets dont les plus petits mesurent une dizaine de centimètres à peine. Si un seul objet inconnu venait à se diriger vers la Terre en passant forcément à travers les mailles de ce filet de repérage, il serait aussitôt détecté et suivi dans ses moindres déplacements. Last but not least, il faut encore ajouter à toutes ces observations d'une part les diverses sondes spatiales ou télescopes qui photographient en permanence l'Univers proche ou lointain ainsi que d'autre part les divers services secrets ou militaires qui ont pour tâche d'inspecter les espaces aériens de leurs pays ou d'autres pays à la recherche d'éventuelles agressions possibles.

Ainsi donc, tant l'espace aérien terrestre que les étendues célestes proches ou lointaines sont l'objet d'un nombre formidable d'observations continuelles auxquelles pas le moindre objet mobile ou immobile ne peut échapper. Or, que veulent nous faire croire les ufologues ? Que des quantités invraisemblables d'ovnis parviennent à passer au travers des mailles d'une telle quantité de filets pour venir enlever des gens par millions (selon des chiffres effarants publiés par des ufologues américains !), pour silloner le ciel sans que les astronomes amateurs et professionnels les voient, et pour venir se poser ici et là toujours devant des gens qui, par hasard, n'ont jamais la moindre qualification dans le domaine de l'astronomie. Il suffit de réfléchir un peu à tout ce qui précède pour se rendre compte à quel point les affirmations des ufologues sont dénuées de sens.

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L'idée que des observations ovnis faites par des astronomes seraient d'un grand poids en faveur de la cause ufologique est ancienne chez les ufologues. Déjà au début des années cinquante des listes de témoignages du genre avaient vu le jour pour répondre à l'argument habituel des astronomes professionnels qui affirmaient qu'ils n'avaient jamais vu d'ovnis.

A ma connaissance, le plus récent gros catalogue du genre (150 cas) a été proposée par l'ufologue Jean Sider dans son livre Les Armées Fantômes (Agnières, France, JMG edition, 2006). Ce catalogue est, comme une grande partie du travail fourni par cet ufologue, une oeuvre de pure compilation effectuée, comme il en a l'habitude, sans aucune vérification ou recoupements. On peut juger de la valeur démonstrative qu'a réellement ce catalogue quand on constate qu'il contient toujours le cas d'un pseudo objet lenticulaire observé à Greenwich en novembre 1882 alors que l'origine parfaitement naturelle du phénomène (une aurore borréale) fut démontrée dès 1953 par l'astrophysicien Donald Menzel dans un ouvrage que tous les ufologues sérieux (?!) devraient avoir logiquement lu (Flying Saucers, Harvard University Press). Les autres cas cités par le célèbre ufomane français sont de la même valeur démonstrative, comme par exemple l'observation de José Bonilla, en 1883, dont il ne fait aucun doute qu'elle se rapporta à des oiseaux passant devant le Soleil. Ceux qui ont lu mes divers ouvrages consacrés aux météores particuliers ou à certains "mystères" astronomiques auront trouvé dans ceux-ci d'autres réfutations des "cas" cités par Jean Sider comme preuves de la valeur de ses croyances.

 

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J'étais un jour mollement couché sur un transatlantique, sous un ciel bleu serein, lorsque je vis un "objet" qui pouvait un peu ressembler à ces avions de ligne que l'on aperçoit parfois très haut dans le ciel sous forme d'un trait fin très brillant constitué par le reflet du soleil sur leur carlingue. Cependant, si l'objet que j'observais avait bien la même finesse et la même clarté, il était cinq ou six fois plus long que la normale et il apparaissait et disparaissait plus ou moins au même endroit, de façon subite et selon un rythme irrégulier. Mon observation dura assez longtemps pour que je puisse finalement identifier correctement ce phénomène qu'un a-priori fondé sur la similitude avec les avions de ligne m'avait fait croire très éloigné. En fait, il s'agissait d'un reflet lumineux qui se produisait sur un fil d'araignée accroché à un arbre et qui flottait librement dans une douce brise à trois ou quatre mètres seulement de moi. Tout au long de ma vie, il m'a été donné d'observer d'autres phénomènes qui semblaient eux aussi se produire en plein ciel alors qu'ils étaient très proches du sol. Je songe par exemple à un reflet lumineux produits par une lumière sur une antenne de télévision et qui engendrait un "objet" montant et descendant obliquement dans le ciel sans rythme précis. Je songe aussi à cet objet scintillant mais fixe qui était produit par un reflet lumineux sur un extracteur de fumée métallique qui tournait au-desus d'une cheminée. Je songe enfin à cette "escadrille" d'ovnis qui se suivaient tous au même rythme dans le ciel et qui était constituée de reflets lumineux sur des câbles oscillant au-dessus d'un pont. Un astronome n'est pas mieux formé qu'un simple quidam pour identifier de tels phénomènes. L'astronome H.P. Wilkins l'appris jadis à ses dépens et le raconta dans un de ses livres (Les mystères de l'espace et du temps, Paris, Payot, 1956, p. 45). Une nuit, croyant observer un beau météore brillant, il le suivit attentivement des yeux pour le voir un moment donné changer brusquement plusieurs fois de trajectoire. C'est alors seulement qu'il réalisa que le phénomène était très proche de lui et qu'il s'agissait en fait d'une simple luciole. N'eut été cette trajectoire aux virages brusques, l'objet aurait été considéré définitivement par cet astronome comme un météore de très bel aspect. Autre cas plus typique encore : au milieu des années 70, alors qu'il travaillait nuitament avec des collègues dans le département d'astrophysique de l'Université d'Alberta, John Woolley et un étudiant virent subitement une esquadrille de quatre ovnis ronds et blancs qui parurent sortir de nulle part et disparurent ensuite subitement. Les deux hommes décidèrent de réfléchir à ce qu'ils avaient vu et ils en étaient là lorsque les quatre ovnis réapparurent : il s'agissait de quatre pigeons dont les ventres reflètaient la lumière diffuse du sol. Une autre nuit, quelques mois plus tard, John Woolley se trouvait au même endroit en train de donner une leçon d'astronomie à des jeunes quand l'un d'eux, âgé de 14 ans, vit à son tour passer le ventre lumineux d'un pigeon et s'écria qu'un ovni venait de traverser la Grande Ourse. Woolley tenta d'expliquer pourquoi ce type d'ovni passait régulièrement en cet endroit. Le garçon l'écouta puis pointa un doigt sur lui en s'écriant : "vous faites partie de la conspiration ! " Et, n'écoutant pas les dénégations de Woolley, il tourna les talons et s'en alla convaincu plus que jamais que les ovnis nous visitent et que les astronomes sont des conspirateurs. (http://edmontonskeptics.com/2010/06/amateur-astronomer-reporting.....)

Ces anecdotes montrent qu'on peut aisément être trompé par un phénomène pour peu qu'on évalue mal sa distance réelle, qu'on se laisse guider par certaines idées préconçues et que l'observation ne dure pas assez longtemps pour qu'elle permette de mettre en évidence des éléments qui puissent l'expliquer. D'autres possibilités de mal identifier ou de ne pas pouvoir identifier un phénomène connu existent, trop longues à énumérer ici. Or, les ufologues font comme si les rares astronomes qui ont observé des phénomènes qu'ils n'ont pu identifier ne pouvaient pas se montrer incapables, dans certaines circonstances, d'identifier un phénomène pourtant connu d'eux. Ce faisant, les moins bien informés d'entre les ufologues se trompent tandis que les autres trompent sciemment les naïfs qui succombent au charme de leurs discours mensongers.

D'autres discours aussi trompeurs ou mensongers sont tenus par les ufologues au sujet des pilotes d'avions.

Le "ciel" du pilote d'avion n'est pas le même que le "ciel" du quidam qui se tient sur le plancher des vaches. Le ciel du pilote d'avion, c'est avant tout "son ciel", c'est-à-dire l'espace dans lequel il se déplace, celui qui s'ouvre devant lui bien plus que ce qui se trouve sous lui ou même bien souvent très au-dessus de lui. On pourrait en déduire que cela restreint le nombre de confusions possibles dont pourraient être victimes les pilotes d'avions, leurs observations devenant dès lors forcément plus fiables. Aucun risque, en effet, qu'un pilote soit trompé par une luciole ou un fil de toile d'araignée... Or, le pilote d'avion n'est pas vraiment différent de l'automobiliste qui a appris à conduire une voiture et à déchiffrer le sens des panneaux routiers sans cependant être capable pour autant d'observer de façon pointue le paysage environnant et de différencier le style architectural des monuments qu'il rencontre lors de ses déplacements. Autrement dit, le pilote d'avion n'est pas mieux armé que le simple quidam pour reconnaître ou identifier des quantités de phénomènes se situant dans "son ciel". Dans le cas présent, les ufologues confondent ou tentent de créer la confusion entre deux types d'expertise qui n'ont absolument rien en commun.

Mais revenons aux astronomes...

Le plus célèbre cas d'observation ovni imputée par des ufologues à un astronome est celui qui concerna Clyde Tombaugh. Les ufologues insistent d'autant plus lourdement sur cette observation que, selon eux, Tombaugh ne put jamais expliquer ce qu'il avait vu alors qu'il était pourtant le découvreur de la planète Pluton. Remarquons d'emblée que Tombaugh découvrit Pluton non pas en scrutant le ciel mais bien des photographies de vastes champs d'étoiles. Sans ses lunettes, un grand myope peut aisément scruter avec grande précision des photos qu'il tient près de lui ; mais sans elles il ne lui sert à rien de tenter d'observer ce qui se passe dans le ciel ! Cela pour montrer, de manière humoristique, que l'argument selon lequel Tombaugh découvrit Pluton ne vient en rien valoriser son observation d'un prétendu ovni et qu'une fois encore les ufologues argumentent en tentant de faire passer des vessies pour des lanternes. D'aucuns ont poussé plus loin encore l'audace en proposant des reconstitutions dessinées "très avantageuses" de ce qu'aurait vu l'astronome américain. Plus sérieusement, il suffit de se reporter à ce qu'à dit Tombaugh à propos de cette affaire : il a toujours été persuadé qu'il s'agissait d'un phénomène atmosphérique s'étant produit dans des conditions très particulières. Aucun rapport, donc, dans son esprit, avec un supposé ovni.

Des gens peuvent évidemment croire, de manière absurde, que des astronomes pourraient se trouver embarrassés d'admettre que les ovnis existent. La vérité est pourtant à l'opposé : n'importe quel astronome serait tout heureux de voir passer un ovni dans le ciel ou, mieux encore, de le voir se poser devant lui et de pouvoir contacter ses occupants. Que de merveilleuses informations scientifiques cela lui fournirait ! Mais la vérité oblige ces chercheurs à reconnaître que ce rêve ne s'est pas encore réalisé et qu'aucun d'entre eux n'a jamais vu, de manière certaine, un ovni et moins encore un extraterrestre ou une quelconque preuve d'existence de l'un d'entre eux.

A la différence des astronomes, les ufologues, eux, veulent croire à leurs rêves ; ou du moins, ils cherchent à y faire croire les autres.

 

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