VAGUE OVNI BELGE : CE QU'ON VOUS A CACHE

 

J'affirme, depuis de nombreuses années, que sans l'activité fébrile de la Sobeps à l'époque il n'y aurait jamais eu de vague ovni belge.

La Belgique est ainsi faite : pour peu que l'un ou l'autre média de ce petit pays s'enflamme à propos d'un sujet scandaleux ou mystérieux, tous les autres suivent, déclenchant alors, dans la population, des réflexes psychologiques propices à l'apparition de certaines aberrations bien connues des psychologues. C'est ainsi qu'à partir de 1933 et à l'instigation d'un grand journal flamand, de nombreuses apparitions de la Vierge furent signalées en de nombreux endroits du pays. Outre quelques fieffés coquins qui profitèrent de la situation ou quelques personnes déséquilibrées qui sombrèrent dans de graves délires, des milliers de gens de bonne foi crurent alors voir ou constater des prodiges divers (apparitions extraordinaires dans le ciel ou au sol, guérisons subites, etc.). L'affaire Dutroux, de la même manière, engendra toutes sortes de dérives relayées et amplifiées tout particulièrement par un grand hebdomadaire français et un autre, belge. On parla de complots et de graves affaires de moeurs touchant un certain nombre de ministres ainsi que des membres de la famille royale ; on vit appartaître un peu partout des "témoins X" qui affirmaient avoir été victimes des pires sévices dans leur famille ou dans des clubs de rencontre très discrets, voire secrets ; on parla de réseaux pédophiles convergeant tous vers Dutroux ou un certain Nihoul ; un juge mit en place une ligne téléphonique gratuite pour encourager les délations les plus folles ; on se mit à creuser à grands frais dans les endroits les plus invraisemblables à la recherche de cadavres ou même de charniers...

La prétendue vague ovni belge s'est inscrite, selon moi, dans le même ordre des choses : c'est par ses publications, ses déclarations tapageuses sur des chaînes de télévision, ses conférences de presse et les interviews privées que ses membres les plus actifs accordèrent à divers journalistes, que la Sobeps fit croire que notre pays était survolé par des engins extraterrestres d'un type particulier. Et c'est à cause du battage médiatique qui fut fait à ce sujet que des milliers de gens crurent de bonne foi avoir vu ces engins quand bien même il était évident que dans la plupart des cas ils avaient vu tout autre chose. Après que leur fondateur eut affirmé sur les antennes de TF1 que son groupement publierait bientôt un livre qui ferait toute la vérité sur cette affaire, la Sobeps publia en effet un gros "rapport" qui fit illusion auprès d'un bon nombre de naïfs mais qui détourna à jamais de ce groupement ufologique les scientifiques qui pensaient encore qu'il pourrait sortir quelque chose de scientifiquement crédible des activités de ces gens. Aussitôt dix d'entre eux, issus de deux grandes institutions universitaires belges, réagirent pour mettre en garde la population contre cet ouvrage où ils disaient avoir constaté une absence de méthodologie scientifique, nombre d'inexactitudes et des affirmations insoutenables. Plus tard, la Sobeps publia un second "rapport" dans lequel on remarqua surtout le rétropédalage formidable auquel avait été contraint le professeur Meessen. Cette fois encore des scientifiques -différents des premiers- mirent en garde la population contre cet ouvrage. Par la suite, il y eut de nouveaux rétropédalages forcés du genre du premier dont le plus fameux fut causé par les aveux du faussaire de la célèbre photo de Petit-Rechain. Enfin, brutalement, la Sobeps sombra purement et simplement par la volonté même de son fondateur, laissant cependant derrière elle une sortre d'avorton : la Cobeps ; un groupuscule sans davantage de crédibilité scientifique.

Pour bien comprendre le contexte dans lequel la prétendue vague ovni belge éclata, il faut se reporter en arrière, au moment même de la création de la Sobeps. Feu Lucien Clerebaut qui en fut le véritable initiateur était un homme qui avait un certain génie commercial. Il sut d'emblée comment s'y prendre pour faire largement connaître la Sobeps et sa revue dans une large partie du pays. Les abonnés affluèrent et les responsables du groupement purent croire un moment qu'ils allaient atteindre un rayonnement quasi international. Ce fut au point même qu'ils envisagèrent alors un partenariat avec le CUFOS américain. Mais ce rêve de partenariat, voire de mariage, s'écroûla aussi vite qu'il fut débattu. En effet, après avoir atteint un pic formidable, le nombre des abonnés à Inforespace commença à diminuer de façon rapide et inexorable. Les lecteurs se lassèrent en effet très vite de lire toujours les mêmes types d'histoires et de cogitations intellectuelles qui ne menaient à rien de concret. La dégradation des choses atteignit un tel point qu'il fut sérieusement envisagé d'abandonner la publication de la revue.

C'est à ce moment-là que deux gendarmes belges crurent voir l'ovni qui allait lancer la vague belge. Pour réorganiser à la hâte son réseau d'enquêteurs qui n'existait même plus, Lucien Clerebaut fit appel à Jean-Luc Vertongen. Avec son art consommé du sens des affaires, Clerebaut, à nouveau à la barre, mena de main de maître les choses, sachant exactement quoi faire afin que son organisation devienne incontournable aux yeux des médias. A nouveau, la petite équipe se prit à rêver. D'excellents contacts avec des hommes politiques et la Défense leur firent croire que l'Europe était prête pour créer une Commission scientifique sur les ovnis. Des contacts en ce sens furent pris. La Sobeps imaginait déjà qu'elle pourrait apporter son expérience du terrain à des scientifiques et qu'elle pourrait pour la cause recevoir de précieux subsides européens. L'important, donc, c'était de faire excellente impression tant auprès des milieux scientifiques que politiques. Sachant bien que l'ufologie débouche sur toutes sortes de choses abracadabrantes ou même aberrantes (les contactés, les enlèvements, les monstres extraterrestres...) les responsables de la Sobeps décidèrent alors de proposer aux politiques et aux scientifique une sorte de version édulcorée de l'ufologie, un dossier "clean", lisse au possible. Pour cette raison, il fut décidé de "nettoyer" les témoignages et de n'en retenir que ce qui serait conforme à un cannevas bien propre, bien net : les plate-formes volantes aux capacités fantastiques qui survolaient un territoire sans jamais s'y poser, comme l'auraient fait des extraterrestres en reconnaissance.

Ce qui frappe, quand on lit le premier rapport de la Sobeps, c'est cette insistance avec laquelle il y est dit qu'il y a une cohésion interne dans les témoignages. Mais de quelle cohésion s'agit-il ? Quand on y regarde de près, on voit qu'il y a des descriptions de toutes sortes : des boules, des cônes, des disques, des bananes... Mais celles-ci sont noyées dans une masse d'autres, montées en épingle, et qui concernent des plate-formes. En fait, c'est la seule cohésion interne qui puisse transparaître de tous ces témoignages. Et son origine est donc purement artificielle, relevant d'un choix et d'un maquillage délibérés.

Voici quelques mois, je fus contacté par un belge, passionné d'ufologie et qui se piquait de quelques recherches personnelles en la matière. Il me raconta comment il s'était fait "remballer" après avoir contacté la Sobeps pour lui signaler des atterrissages. Il m'a fourni, depuis, des preuves d'au moins un atterrissage avec traces triangulaires. Sans doute s'agissait-il d'une plaisanterie. Mais il m'apparut surprenant qu'aucun des principaux responsables de la Sobeps ne se soit déplacé pour un tel cas et qu'aucun enquêteur n'ait même été envoyé là-bas. Et, m'assurait mon interlocuteur, ce n'était pas un cas isolé. L'affaire me parut si étonnante que je pris quelques renseignements auprès d'un ami, ex-enquêteur au sein de la Sobeps. Ce dernier me confirma, par écrit, ce qui vient d'être expliqué ci-dessus : la Sobeps a tout simplement "nettoyé" le dossier pour faire meilleure impression auprès des scientifiques et des politiciens.

A propos de la vague ovni belge, j'ai jadis parlé d'une véritable entreprise de désinformation. J'en avais sous-estimé l'ampleur !

Marc HALLET - Novembre 2013

 

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