Les différents modes de transmission des idées fausses...

 

Comment se transmettent les idées fausses?

Par tous les processus médiatiques connus, aurait-on tendance à réponde du tac au tac. Evidemment. Mais la réalité est un peu plus complexe que cela et je vous invite à y réfléchir avec moi...

La première source de transmission des idées fausses est l'éducation qui, bien souvent, déforme au lieu de former ou d'informer. C'est par l'éducation que le très jeune enfant adopte des comportements sociaux et des tabous absurdes qui resteront souvent gravés dans son esprit, plus tard, comme autant d'évidences qu'il est vain ou dangereux de vouloir contester ou modifier.

Très tôt, les parents, les enseignants et les médias plongent les enfants dans un univers de rêveries où les animaux et même les objets parlent et raisonnent. Ainsi développe-t-on chez les petits une forme de religiosité naturiste et animiste qui ne sera pas sans conséquences plus tard.

Dès qu'il le peut , l'enfant observe ses parents et copie leurs manières de faire. C'est ainsi qu'il fera siennes, bien souvent, leurs croyances religieuses fondamentales ainsi que leurs craintes et superstitions touchant "l'au-delà". S'il a des parents qui évitent de passer sous une échelle, qui consultent l'horoscope ou qui croient aux voyantes, aux présages, aux prodiges ou aux sorciers, il acquerra souvent la même tournure d'esprit qu'eux, sans trop se poser de questions.

A l'école, il apprendra bien d'autres sottises de la bouche même de ceux qui devraient veiller à former aussi bien que possible son esprit. On lui parlera d'Halloween, du Père Noël qui vole sur un traineau tiré par des rennes et qui descend par les cheminées, des cloches qui reviennent de Rome à Pâques et d'un tas d'autres fêtes qui véhiculent un cortège d'idées fausses, de superstitions, de légendes, de mythes, de rites et de manifestations folkloriques que la plupart des gens ne comprennent plus et à propos desquelles ils ne s'interrogent même pas, se contentant de faire comme "tout le monde" de peur de paraître différents, c'est-à-dire... asociaux ! Combien d'enseignants ou de parents osent aller à l'encontre de toutes ces festivités pour expliquer aux enfants, avec des mots simples, que l'on peut fort bien s'échanger des cadeaux pour le plaisir et que les fêtes sont, pour la plupart, des célébrations d'un autre âge qui reposent sur des croyances absurdes et dépassées ?

Quel ministre de l'éducation osera envisager l'idée d'imposer désormais dans les écoles un cours d'histoire critique des religions pour, ainsi, mettre un terme à des pratiques d'un autre âge ou à des actes fanatiques inspirés par certains esprits sectaires qui ne savent justifier leurs idées que par des phrases sorties de livres considérés comme sacrés ou par des discours d'hommes réputés saints ?

Au moment où ils arrivent à l'âge de la puberté, les jeunes se révoltent à leur manière contre l'autorité parentale, enseignante et légale ; mais ils le font maladroitement parce qu'ils ne disposent pas des arguments et de l'appareil critique nécessaires pour recomposer ou découvrir les vérités qui leur ont été cachées jusque-là. Ainsi arrive-t-on généralement à l'âge adulte, privé de bases sérieuses solides pour se forger une opinion vraiment valable sur tout ce qu'on a entendu et appris jusque-là. Les opinions, les croyances, sont alors le résultat d'un amalgame de faits et d'idées disparates que rien ne viendra peut-être jamais éclairer du flambeau de la vérité historique et scientifique...

Ne vous est-il jamais arrivé de rencontrer quelqu'un qui, après avoir échangé quelques phrases avec vous, vous aura dit, avec une extraordinaire bonne foi : "n'êtes vous pas du signe de..." ? Et si vous avez répondu par une moue dubitative mais polie, n'aura-t-elle pas poursuivi en affirmant : "moi j'y crois!" Mais d'où vient cette croyance et sur quoi se base-t-elle? Voilà des questions auxquelles les personnes qui raisonnent ainsi seraient sans doute bien embarrassées de répondre. Car combien d'entre elles y ont jamais sérieusement réfléchi et combien se sont-elles donné la peine de s'informer correctement ?

La vérité est qu'on ne peut s'informer correctement au sujet de l'astrologie et continuer d'y croire pas plus qu'on ne peut questionner l'histoire au sujet des religions et continuer d'y adhérer. Des tas de gens vous diront qu'ils croient aux ovnis, aux fantômes, aux apparitions de la Vierge, à la graphologie, à la numérologie, aux pentacles etc.. Comme l'a dit un jour à la télévision le passionné d'ovnis qu'est Michel Bougard :"j'aimerais tant que tout cà soit vrai..." Eh oui! C'est dans de telles croyances que les braves gens placent leurs espoirs. Cela les aide à vivre, faute de mieux, faute surtout d'autres points de repères autrement plus solides...

"Heureux les simples d'esprit" ricanent parfois des sceptiques qui croient ainsi faire étalage de leur culture alors que, ce faisant, ils se ridiculisent auprès des érudits en démontrant que faute d'investigations personnelles sérieuses ils ne connaissent même pas les textes qu'ils citent et dont ils se moquent. Car l'ignorance, mère de toutes les croyances, est hélas aussi répandue chez certains esprits forts que chez les faibles.

Plutôt que de se "divertir" (ou de s'abêtir?) en faisant comme "tout le monde", il est possible de vivre intensément et de se passionner pour la vérité à la simple condition de le vouloir et de faire l'effort de se secouer de la torpeur médiatique dans laquelle l'homme a trop facilement tendance à s'enfermer. L'érudition, l'investigation ou même simplement la réflexion sont à la portée de ceux qui sont décidés à faire quelques efforts intellectuels. Et celui qui, un jour, choisit de suivre le chemin qui l'écarte définitivement de la passivité générale ne cherche plus jamais, dès lors, à le quitter ; dût-il devenir ce que le troupeau des humains appelle un "asocial".

N'en déplaise au sieur Delmon qui tient un site ufologique qui me fait songer à une boutique de marchandises avariées, je persiste à citer un critique qui fut, très accessoirement, un franc-maçon mais qui fut surtout un grand humaniste. Ce qui suit n'est ni une réflexion désabusée, ni une opinion méprisante, mais bien une analyse pertinente qui se voulait porteuse d'un certain idéalisme...

Le peuple, tantôt crédule tantôt incrédule, croit ou ne croit pas, suivant que cela peut tranquilliser sa conscience, apaiser son coeur ou lui remplir sa poche ; souvent il ne sait pas au juste ce qu'il doit croire ou ne pas croire.

Le gros public, qui mange, boit, dort et se multiplie (...) ne s'intéresse pas plus au passé qu'il ne s'intéresse à l'avenir. Il passe son temps et passe inaperçu, ignorant, plein de préjugés, ne sachant que faire pour abréger une vie qu'il trouve trop courte et sans même s'apercevoir que des millions et des millions d'hommes passèrent avant lui. Néanmoins chacune de ces nullités sans expérience s'estime le plus sensé des humains. Si demain cet homme était le maître, il ferait ceci, il ferait cela ; heureusement qu'il reste très souvent Gros-Jean comme devant et qu'il n'a rien d'autre à faire, qu'à s'imaginer une importance qu'il n'a pas et à se croire considéré et estimé par ceux qui ont intérêt à le flatter. La vérité dans cette vie n'a pas beaucoup de chances d'être appréciée ; les illusions et les rêves chimériques sont poursuivis avec bien plus de persévérance. Cet homme connaîtra peut-être le dernier roman à la mode, et n'osera pas sortir avec des souliers malpropres, parce que "tout le monde" le remarquerait. Jugez un peu!

Le gros public n'a pas d'idéal. Il vit pour se remplir le ventre, ce qu'il appelle se distraire ; tout le reste ne l'intéresse pas. Que lui importent, après tout, les sciences, les savants, les penseurs, les philosophes des temps passés et futurs. Tout cela ne fait pas son lard. Une fourmi passe, il l'écrase. Sa vie passe aussi et le temps rend sa poussière à la terre.

Edouard DAANSON - in : Mythes et légendes, Bruxelles, 1913

 

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