Le simple examen visuel du suaire de Turin

démontre qu'il s'agit d'un trucage habile...

 

Une littérature incroyablement abondante existe au sujet du suaire de Turin. Des quantités d'arguments y ont été développés. Un moment donné, le débat a semblé prendre une tournure plus scientifique. Il fut en effet question d'analyses des pollens, d'une datation au carbone 14, de traitements informatiques de l'image etc. Mais ces recherches scientifiques ou pseudo-scientifiques n'ont pas permis de convaincre définitivement certains esprits puisqu'il subsiste un grand nombre de controverses.

Or, il n'est pas utile de se donner tant de mal pour constater que le suaire est un faux...

Du strict point de vue historique, il faut savoir qu'au temps où Jésus fut censé avoir été condamné, l'usage juif, pour les hommes, était aux cheveux courts, excepté pour quelques riches efféminés ou des ascètes qui refusaient que le rasoir touche à leurs cheveux. Dans les catacombes, les premiers chrétiens représentèrent toujours Jésus comme assez jeune et imberbe, ignorant de toute évidence une quelconque tradition relative au port, par lui, d'une longue chevelure et d'une barbe bifide. C'est à la Renaissance que ce portrait chevelu et barbu du Christ s'est imposé, s'inspirant sans doute des cavaliers d'alors. Et c'est bien de cette époque-là que la science date aujourd'hui le fameux suaire (MOUTIER-ROUSSET : Le Christ a-t-il existé ?, Paris, 1922, p. 109-110).

Beaucoup de gens qui ne connaissent de ce suaire que la reproduction d'une partie ou de la totalité de sa face supérieure ignorent qu'il s'agit en fait d'une longue pièce de linge assez étroite sur la moitié de laquelle le corps d'un crucifié aurait été posé avant que l'autre moitié du linge soit ensuite rabattue sur lui par-dessus tête comme le montre l'aquarelle ancienne ci-dessous...

En toute logique, le suaire devrait donc nous montrer une image du supplicié composée de deux faces bien reconnaissables (sa face dorsale et sa face ventrale) sans aucune zone de discontinuité entre elles.

Or, voici l'image que nous offre le suaire de Turin...

En y regardant de près et en se fixant comme points de repère les sommets respectifs des épaules du personnage, on s'aperçoit que la face arrière de sa tête est séparée de son visage par un long espace vide dans lequel apparaît une tache en forme de demi cercle. Cette zone de discontinuité est bien étrange étant donné que la chevelure du supplicié en sueur aurait logiquement dû nettement apparaître -tout autant par exemple que sa barbe- sous forme d'une zone rectangulaire continue.

Cette discontinuité est connue depuis longtemps, comme en témoignent les nombreuses représentations qui en furent faites à travers les siècles (elles ont été rassemblées dans un magnifique ouvrage intitulé Sindone - Immagini di Cristo e Devozione Popolare, publié par la province de Turin en 1998) et dont voici un exemple :

Comment expliquer cette "zone de discontinuité" ? Toute personne raisonnant selon un point de vue strictement artistique songera d'emblée que cela évoque une oeuvre réalisée en deux temps (une face et puis l'autre).

Une autre anomalie a parfois été signalée : il existe une nette différence de longueur entre la face ventrale et la face dorsale du supplicié supposé. Cela ne s'explique évidemment que si l'on considère que les deux faces du suaire furent réalisées séparément dans des conditions légèrement différentes.

Mais voici encore un autre "détail" dont les partisans de l'authenticité du suaire ne parlent jamais : du côté du suaire qui semble montrer la face dorsale du supplicié, on devrait voir, au niveau de ses omoplates et de ses fesses, d'importantes zones plus ou moins symétriques et sans relief correspondant à l'applatissement des chairs sur le sol compte tenu du poids du corps. Rien de cela n'apparaît. D'où il faut conclure que le corps ne pesait rien (il était en lévitation !) ou que le corps et le suaire n'étaient pas exactement disposés comme on le suppose habituellement...

Un autre "détail" doit être discuté plus longuement. Il s'agit de la position des bras et des mains. Plus d'un auteur s'est étonné de la position particulière des mains qui semble avoir été choisie dans le but de masquer les organes génitaux du supplicié. Une telle marque de pudeur, ont-ils dit, ne cadre pas du tout avec les moeurs du temps, mais plutôt avec les conceptions d'un art religieux plus récent. Or, pour disposer ainsi les mains sur le corps, il fallait que les bras soient tendus, car dans une position couchée normale, les coudes descendent au niveau du sol et font remonter les mains au niveau du nombril. Comment un mort aurait-il pu conserver cette position en l'absence de liens ou de cales, invisibles sur le suaire ?

Si le suaire avait été posé sur le corps du supplicié et en avait en quelque sorte épousé les formes, il aurait offert, une fois tendu comme il l'est aujourd'hui, une image très déformée (étirée en largeur) de la face supérieure du corps. A l'inverse, la face dorsale, elle, n'aurait pas été déformée puisque cette partie du suaire serait toujours restée sur un plan dur horizontal. Ainsi donc, les deux faces auraient proposé des images très différentes l'une par rapport à l'autre dans le sens de la largeur. Or, aucune déformation de ce genre n'existe et, fort curieusement, aucun des partisans de l'authenticité du suaire ne semble vouloir en tirer la conclusion qui s'impose : pour que la face supérieure du supplicié ne soit pas déformée dans le sens de la largeur, il fallait que le linge du suaire ne soit pas posé sur le corps, mais tendu au-dessus (ou largement au-delà) de celui-ci. De cela, il découle logiquement que l'image qui apparaît sur les seules couches superficielles du tissus s'est formée autrement que par contact direct. Denis Desforges, chaud partisan de l'authenticité du suaire, a bien été contraint d'admettre la chose et a conclu aussitôt : "Autrement dit, le linceul s'est comporté comme une plaque photographique parfaitement plane, ce qui est physiquement inexplicable." (DESFORGD (D), L'affaire du linceul de Turin, Paris, Albin Michel, 2005, p. 118)

Est-ce vraiment physiquement inexplicable ou est-on là en présence du détail le plus significatif du mode de fabrication du linceul ?

On a souvent dit que l'image du suaire était un négatif, sans en tirer, là encore, la conclusion qui s'imposait : c'est un négatif parce qu'il s'agit probablement d'une véritable photographie, obtenue en imprégnant le linge d'une substance photosensible et en le tendant en face d'un personnage fortement éclairé par le soleil. Pour obtenir le meilleur résultat, on aurait pu placer le personnage (vivant) sous un angle de plus ou moins 45°, position dans laquelle ses bras pouvaient tomber naturellement de telle sorte que ses mains recouvrent ses organes génitaux.

Après avoir ainsi réalisé une première face du suaire, il suffisait de demander au modèle de se coucher cette fois sur le ventre de telle manière que l'image de son dos puisse impressionner la seconde partie du suaire. Ainsi s'expliquent à la fois la zone de discontinuité au niveau de la tête, l'absence d'affaisement des chairs au niveau du dos et l'absence de déformations géométriques latérales au niveau de la face supérieure. Quant à la différence de longueur entre les deux faces du supplicié, elle pourrait simplement résulter d'un positionnement quelque peu différent entre le linge-négatif et le modèle.

Un dernier détail a une extrême importance. Là où le sang a coulé et semble s'être mêlé aux fibres du linge, on a pu observer au microscope qu'il n'y avait eu aucun phénomène d'arrachement des fibres lorsque le linge aurait été retiré du corps sur lequel il était supposé reposer. C'est à ce point étrange qu'un auteur a défendu l'idée que cela constituait la preuve que le corps de Jésus s'était dématérialisé au moment de la résurrection ! En fait, les traces de sang ont pu être faites après-coup en posant brièvement le linge sur un corps réellement supplicié ou non. Toutefois, il faut savoir qu'aucun test scientifique n'a pu mettre en évidence sur le suaire la moindre substance constitutive du sang. En revanche, on y a trouvé des sels de mercure qui ne sont jamais présents dans le sang mais pouvaient jadis servir de pigment rouge... (Ian WILSON, Le suaire de Turin, Paris, Albin Michel, 1978, pp. 102-105).

On peut objecter à tout ceci que la technique de la photographie resta inconnue jusqu'à une date fort récente. Peut-être. Mais il n'est pas impossible qu'un artiste particulièrement observateur se soit rendu compte que certaines substances faisaient brunir des linges lorsque ceux-ci avaient été mis à sécher au soleil après avoir été imprégnés par elles. Sans pour autant en extrapoler les avantages futurs dans le domaine de la reproduction précise des images, un tel artiste aurait très bien pu tirer profit de son observation pour réaliser le suaire selon un procédé simpliste de photosensibilisation.

Ces dernières années, dans le sillage de l'énorme quantité d'ouvrages qui furent consacrés au suaire de Turin, quelques "études" concernant d'autres portraits de Jésus ont été publiées. Paul Badde a par exemple écrit un ouvrage entier (L'autre Suaire, Paris, Ed. de l'Emmanuel, 2010) à propos du Volto Santo de Manopello dont l'image, selon lui et d'autres, aurait exactement les mêmes dimensions et les mêmes caractéristiques que la face du suaire de Turin, sauf que les yeux du supplicié y apparaissent ouverts. Une fois encore, il n'est pas aisé de se faire une opinion sur ce que les uns et les autres déclarent à propos de ce tissus. Certains disent n'y avoir pas décellé la moindre trace de peinture et d'autres affirment exactement le contraire. Les uns prétendent que cette face est rigoureusement semblable à celle du suaire et les autres disent que c'est là pure illusion provoquée par la suggestion chez ceux qui veulent y croire. De fait, si la face du suaire a une certaine noblesse, celle du Volto Santo de Manopello ressemble plutôt, sous certains éclairages, à celle d'un ahuri. Et, bien sûr, comme pour le suaire, ce portrait ne présente pas les importantes déformations géométriques qui devraient exister sur un portrait réalisé par contact. Emporté par son enthousiasme, Paul Badde parle également d'autres reliques présentant elles-aussi les mêmes caractéristiques que le Volto Santo de Manopello ou le suaire de Turin. Contrairement à ce que semblent penser les auteurs qui défendent l'authenticité de toutes ces reliques géométriquement absurdes, leur grand nombre indique plutôt qu'il exista jadis une méthode de falsification de type photographique dont la technique s'est perdue et que celle-ci permit la réalisation d'un certain nombre de portraits qui plongent aujourd'hui des esprits dans la plus grande confusion.

 

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