PLUTOT CROIRE AUX OVNIS

QUE N'ETRE RIEN

 

Je suis entré en ufologie un peu comme on entre dans une secte : par goût du mystère bien sûr et aussi avec une certaine vénération pour les grands "experts" en la matière qui m'avaient précédé...

J'en suis sorti voici bien longtemps, bien plus libre de toutes sortes de préjugés et d'idées fausses qu'auparavant.

Depuis, je n'ai pas cessé de regarder en arrière, pour observer l'évolution de cette croyance et celle de ses grands-prêtres. Mais peut-on parler d'évolution en la circonstance ? Les mots "stagnation" ou "régression" ne conviendraient-ils pas mieux ?

A l'époque où il me semblait que les ovnis étaient des objets bien réels probablement pilotés par des extraterrestres, tout me paraissait simple et, surtout, évident : les dizaines de milliers de témoins d'observations ovnis ne mentaient pas et ne pouvaient pas se tromper. Donc, les autorités nous cachaient forcément la vérité et les astronomes ne pouvaient qu'être bornés ou menteurs. Quelle chance j'avais d'appartenir à une élite, à un tout petit nombre de gens qui savaient, qui détenaient de si grandes vérités d'importance cosmique ! Je ne fus pourtant jamais méprisant envers ceux qui ignoraient ces vérités premières auxquelles il m'avait été donné de toucher du doigt ; bien au contraire, je rêvais de les transmettre, de les enseigner. Et c'est pourquoi je me mis à écrire sur ce sujet...

Le temps passa et je fis quelques découvertes personnelles, comme tous les ufologues en font ou croient en faire. En fait de découvertes, il s'agissait plutôt d'une accumulation d'erreurs qui me persuadaient toujours davantage de la justesse de prétendues vérités évidentes qui passaient pour remettre en question les connaissances accumulées par la science.

Un jour, je culbutai sur un obstacle, puis deux, puis trois... J'aurais pu faire comme mes illustres devanciers et les contourner ou sauter par-dessus en fermant les yeux. Mais il était plutôt dans mon tempérament d'y regarder de près. Et c'est ainsi que je découvris que l'échafaudage sur lequel je m'étais hissé progressivement pour créer de toutes pièces un nouvel édifice des connaissances n'était qu'un gigantesque mécano dont beaucoup de boulons et d'écrous présentaient de graves vices de fabrication. Intrigué, je me mis à vérifier cet assemblage. Pour ce faire, je devins un rat de bibliothèques et un bibliophile, remontant à la source de quantités de faits prétendus. C'est ainsi que je me rendis compte peu à peu de la faiblesse de la structure sur laquelle j'étais monté si haut. J'en redescendis donc lentement d'abord, par prudence ; puis ma fuite se précipita et je me sauvai bien loin quand j'eus acquis la certitude que l'ensemble ne tenait que par miracle et que son effondrement était inévitable.

Aujourd'hui, pas mal d'ouvriers besogneux s'agitent encore en tous sens dans l'échafaudage de l'ufologie en croyant rendre leur ouvrage toujours plus complexe et plus solide. Mais c'est un peu comme s'ils n'avaient pas un seul boulon en poche pour arriver à leurs fins.

Les arguments des ufologues sont les mêmes aujourd'hui que ceux qu'ils utilisaient jadis. Il y a été répondu des centaines de fois et pourtant ils les réutilisent toujours, comme s'ils étaient imperméables à la raison. Pour les ufologues, la masse des témoignages se suffit à elle-même. Le professeur Meessen a fait une formidable "trouvaille" en prétendant que cette masse hétéroclite avait une cohérence interne. On chercherait cependant en vain laquelle, même si les ufologues disciples de Meessen prétendent qu'elle crève les yeux.

Quand les enquêtes bâclées et les preuves matérielles illusoires ne sont plus d'aucun poids devant les sceptiques, les ufologues emploient leur arme absolue : celle de la conspiration à l'échelle mondiale. Le problème, c'est que pour qu'une telle conspiration puisse fonctionner, il faudrait que tout le monde conspire, ou presque, du plus modeste témoins jusqu'au plus éminents scientifiques en passant par des quantités de journalistes et de techniciens de toutes sortes. Cela n'a tout simplement pas de sens, pas plus que la méthode qui consiste à dire que puisque l'ufologie est absurde c'est que les ovnis sont d'essence diabolique, le Malin s'employant bien évidemment à nous faire tourner en bourriques. Voilà les raisonnements et les affirmations que nous servent les ufologues depuis plus d'un demi siècle sans jamais être parvenus à démontrer le bien-fondé de leurs croyances !

Oh, bien sûr, ils affirment l'avoir fait et citent ainsi, pêle-mèle, quelques cas "en béton". Ainsi nous repassent-ils à chaque fois comme un vieux film le cas de Trans en Provence. Que les "experts" ufologues auto-proclamés nous servent de tels plats faisandés démontre soit leur incompétence soit leur rouerie. En effet, chacun d'entre eux sait ou devrait savoir que ce cas est illusoire et qu'il ne demeure dans la liste des cas "en béton" que grâce à une série de mensonges qui ne font pas honneur à certains. Que dire des cas plus extraordinaires les uns par rapport aux autres qui nous furent servis avant celui-là ? Je citerai Valensole, Soccoro, San José, Mantell ou même Arnold... Aucun n'a jamais tenu la route ailleurs que dans l'imagination des ufologues eux-mêmes.

Une fois balayées les illusions engendrées par les erreurs et les mensonges de certains, j'ai pu mieux appréhender la différence fondamentale qui existe entre la recherche scientifique et l'ufologie. Cette dernière tourne en rond en usant de matériaux disparates qui sont assemblés sans mortier ni colle, sur la foi de simples hypothèses, de suppositions ou même de désirs personnels. Les ufologues ont en effet une surprenante capacité à confondre les démonstrations avec les suppositions ou les faits matériels avec les allégations. A l'inverse, la science se bâtit au départ de démonstrations rigoureuses basées sur des faits établis. En science, chaque brique nouvelle de la connaissance se positionne par rapport aux précédentes pour former une construction solide parfaitement homogène.

L'ignorance de la jeunesse et l'aveuglement seuls ont pu me faire croire, jadis, que les scientifiques étaient mal informés, bornés et stupides, voire même conspirationistes. C'est vraiment faire la preuve qu'on ne connaît rien à leur travail que de pouvoir penser ou prétendre un seul instant des choses pareilles. La méconnaissance du véritable travail des scientifique est patente chez les ufologues. Quand j'ai entendu un Pierre Lagrange expliquer doctement à la télévision (30 mars 2007) que les astronomes d'aujourd'hui ne regardent plus le ciel mais des écrans et que je l'ai écouté les comparer avec Flammarion en insinuant que ce dernier appréciait mieux certains phénomènes célestes qu'eux ; je me suis demandé où ce sociologue puisait ce que d'aucuns prennent malheureusement pour de l'érudition. Effectivement, la revue que publia longtemps Camille Flammarion regorgeait d'observations insolites ; mais elles l'étaient par manque de compétence et de connaissances des observateurs d'alors. Aujourd'hui, tous ces phénomènes qui paraissaient alors mystérieux peuvent être identifiés et expliqués pour autant qu'ils aient été correctement observés et décrits ! Effectivement, les astronomes d'aujourd'hui passent beaucoup de temps devant des écrans, mais ils n'ont pas cessé d'observer le ciel à l'oeil nu pour autant, ne serait-ce que par amour des merveilles célestes ou par déformation professionnelle, comme un cordonnier qui, dans la rue, identifie certaines des caractéristiques des chaussures des passants plutôt que de s'intéresser à leurs visages. Un astrophysicien me disait un jour qu'un de ses grands plaisirs était de discuter avec ses collègues sur la terrasse des observatoires en regardant le ciel pendant que les machines faisaient automatiquement tout un travail qu'ils dépouilleraient ensuite. On imagine sans peine les voûtes étoilées magnifiques que ces chercheurs peuvent contempler puisque les grands observatoires où ils travaillent sont généralement situés dans des lieux privilégiés pour la clarté de leurs cieux. Monsieur Lagrange oublie aussi les quantités d'astronomes professionnels qui participent à des séances d'initiation à l'astronomie sur le terrain en compagnie de gens de tous âges désireux d'apprendre. Et il semble ignorer tous ces astronomes amateurs qui, par milliers, contemplent le ciel toutes les nuits sans jamais apercevoir d'ovnis ! La vision des choses qu'essaye d'imposer Monsieur Lagrange est vraiment par trop caricaturale. En une autre circonstance, déjà, il avait soutenu que seuls les instruments modernes des astronomes faisaient encore des découvertes, oubliant que derrière les instruments il y a quand même des cerveaux ! Quand on est capable de répandre une image aussi insensée de la science et des scientifiques, on est évidemment capable de ténoriser sans fin sur le prétendu mystère des ovnis...

Voltaire disait que, pour un prêtre, la meilleure preuve que Dieu existe c'est qu'il en vit. On pourrait en dire autant des ufologues par rapport à leurs chers ovnis. Que deviendraient tous ces gens si, du jour au lendemain, un fait quelconque démontrait de manière péremptoire (pour eux) qu'il n'y a jamais eu d'ovnis ? Ces gens cesseraient virtuellement d'exister. Car ils ne vivent et ne sont connus que par et pour les ovnis. Au pire ils finiront un jour par devenir des sujets de moquerie et, au mieux, d'illustres inconnus. J'ai écrit bien souvent que l'écrasante majorité de ceux qui pérorent et écrivent sur les ovnis le font pour paraître originaux par rapport à la grisaille de leur vie personnelle. Ce n'est pas un hasard si l'on trouve parmi les "grands ufologues" un nombre important de handicapés, de grands malades, d'isolés et de gens réellement peu satisfaits par leur carrière professionnelle même si quelques-uns d'entre eux sont détenteurs de diplômes ou de postes que beaucoup pourraient leur envier. Autrement dit, toute la richesse de vie de ces gens est centrée sur leur activité ufologique. Ni plus, ni moins.

Si tant de scientifiques, aujourd'hui, refusent de discuter avec les ufologues, ce n'est pas parce qu'ils ont peur d'affronter leurs arguments mais parce qu'ils jugent ces gens si pitoyables et bornés qu'ils ne veulent pas perdre avec eux un temps forcément précieux pour la collectivité. Telle est la simple vérité. Et si les ufologues, de leur côté, ignorent les ex-ufologues devenus sceptiques ou les accusent simplement de diffamation, c'est parce qu'ils n'ont pas un seul argument sérieux à proposer à ces gens qui connaissent mieux que quiconque la vanité des discours de ces faux génies.

A mesure que le fossé s'est creusé entre ceux qui croient aux ovnis et ceux qui, de manière scientifique, attendent que des preuves solides de leur existence soient présentées avant d'admettre leur réalité, le discours des ufologues s'est radicalisé ou est devenu jésuitique. C'est ce qu'il se passe toujours au sein des sectes qui se sentent menacées.

Le CNES vient récemment de mettre en ligne ses archives ufologiques. Contrairement à ce qu'affirmait M. Velasco, leur responsable actuel reconnaît qu'il n'y a là dedans aucune preuve certaine de l'existence des ovnis. Mais il ajoute qu'il n'y a pas là non plus de preuve qu'ils n'existent pas. Voilà une manière de poser le problème qui n'a rien de scientifique. Agit-il ainsi pour ne pas trop mécontenter les ufologues ou par désir personnel inavouable ? L'avenir nous l'apprendra sans doute. Ce qui est amusant, c'est qu'aujourd'hui déjà Gildas Bourdais et d'autres "grands" ufologues prétendent qu'il doit exister quelque part des archives beaucoup plus secrètes qui, elles, contiennent des preuves. Voilà qui montre clairement que si les ufologues prétendent que les témoins ne mentent pas ils n'ont cependant guère plus confiance que moi aux nombreux témoignages recueillis ici et là par la gendarmerie !

Marc HALLET - Liège, le 10 mai 2007

Retour la liste des articles