L'originalité de ma démarche...

Il existe, de par le monde, un grand nombre de gens et de groupements se réclamant d'une démarche intellectuelle axée sur le scepticisme et la logique. Tels sont, par exemple, les rationalistes, les zététiciens, mais aussi certains laïcs, libres penseurs, athées ou anarchistes.

Beaucoup de ces gens ont malheureusement des idées préconçues quant à ce qu'il convient d'admettre ou de rejeter. En tout, ou presque, ils agissent comme s'ils connaissaient avec exactitude les bornes séparant radicalement la vérité de l'erreur ou du mensonge. En fait, ils ont donc leurs propres schémas de croyances et ne sont différents de ceux qu'ils dénoncent que parce que leurs préjugés sont autres. En outre, une prétendue ouverture d'esprit masque souvent, chez ces gens, une idéologie d'ordre sectaire. C'est ainsi, par exemple, que le goupe américain qui est à l'origine de tous les groupements qui, aujourd'hui, se réclament de la "zététique" fut, à l'origine, une organisation athée militante dont l'unique but était de pourfendre les religions et plus particulièrement le christianisme. Son idéologie radicale d'hier s'abrite aujourd'hui derrière le masque plus rassurant de l'analyse scientifique des faits, mais seule l'apparence extérieure a changé.

Il y a pire ou plus grave : bien souvent, les "critiques" prétendument positivistes rejoignent, au niveau de l'argumentation ou de la démonstration, les méthodes anti-scientifiques de ceux dont ils veulent dénoncer les croyances.

Je vais en donner quelques exemples frappants.

Le "miracle" de saint Janvier, à Naples, est bien connu : il s'agit d'une ampoule de verre qui contient une substance solide (réputée être le sang coagulé de saint Janvier) et qui, lors de certaines cérémonies religieuses, se liquéfie subitement. Le scientifique Henri Broch qui est, en France, le chef de file du mouvement zététicien, a souvent réalisé une expérience destinée à réduire à néant ce "miracle". C'est dans un vieux dictionnaire, a-t-il expliqué, qu'il a trouvé la formule chimique d'un composé solide rougeâtre capable de se liquéfier à une température relativement peu élevée. L'agitation de l'ampoule et la chaleur ambiante créée par la foule et les cierges suffiraient à faire se produire la fusion. L'expérience proposée par Henri Broch ne démontre rien de particulier, sinon que le mélange qu'il a réalisé a bien les propriétés qu'on lui connaît. Dans ce cas précis, Henri Broch utilise exactement la même méthodologie que ceux auxquels il s'attaque habituellement : plutôt que de démontrer que l'ampoule de St Janvier contient un mélange de substances qui se liquéfie à une température plus élevée que celle qui peut être atteinte par temps de fortes chaleurs en cette contrée, et que cette température est forcément atteinte lorsqu'on agite l'ampoule, il se contente d'imposer l'idée que l'ampoule contient une substance susceptible de se liquéfier dans des conditions à propos desquelles il ne s'étend d'ailleurs pas trop. Car, faut-il le dire, l'agitation de l'ampoule ne semble pas susceptible d'échauffer beaucoup la substance et l'on n'a jamais vu celle-ci fondre des suites d'une vague de chaleur ! L'expérience de M. Broch ne démontre donc rien qui soit utile pour faire progresser la connaissance du phénomène réputé mystérieux et ressemble, à dire vrai, à de la poudre aux yeux. Henri Broch aurait dû faire observer que c'était aux postulateurs du miracle de faire la preuve de celui-ci en produisant, par exemple, une analyse démontrant qu'il n'y avait dans l'ampoule que du sang coagulé et pas autre chose. En l'absence d'une telle analyse, obtenue sous un contrôle scientifique sévère, il pouvait dire qu'il n'existait aucune preuve du miracle, mais tout au plus une apparence de miracle qui pouvait être trompeuse. Voilà quelle devait être la seule attitude scientifique raisonnable en la matière. Non seulement ce n'est pas ainsi que M. Broch a agi, mais il a de surcroît complètement esquivé l'analyse des circonstances précises qui entourent la liquéfaction du "sang" de St Janvier afin de faire croire que la température est le seul facteur déterminant du phénomène. Or cela semble réfuté par certaines observations. Enfin, M. Broch n'a traité que de l'ampoule de St Janvier, négligeant toutes les autres ampoules du même genre répandues dans le monde chrétien. Il y a là une tendance à la simplification des faits et de l'histoire qui n'a rien de scientifique.

Un autre zététicien français, M. Blanrue, agit d'une façon à peine différente. Dans le cas du suaire de Turin, par exemple, il signale a juste titre que l'on a trouvé sur le tissus des pigments chimiques qui ne se trouvent jamais dans le corps humain. Et, dès lors, il affirme tenir ainsi la preuve que le suaire est un faux peint par un artiste inconnu. Or, cette "preuve" ne prouve strictement rien! En effet, les partisans de l'authenticité du suaire pourraient expliquer la présence des pigments minéraux en affirmant que le suaire fut peint à-posteriori dans le but louable (?) de raviver ses couleurs. On voit dans quel cercle vicieux M. Blanrue s'est enfermé. Chacun sait que le suaire a finalement été daté scientifiquement grâce à un procédé connu sous le nom de "datation par carbone 14". Mais cette datation a aussi été contestée par les partisans de l'authenticité de l'icône (l'Eglise a suggéré d'utiliser désormais ce terme ambigu plutôt que celui de "relique"). Dès lors, le débat a pris une mauvaise tournure : les partisans de l'authenticité de l'objet continuent à produire une ample littérature en faveur de leur thèse tandis que les véritables scientifiques considèrent que la discussion est close. Entre ces deux opinions extrêmes, inconciliables, des gens comme M. Blanrue proposent des arguments de faible poids qu'ils croient ou feignent de croire définitifs. Ainsi, on tourne en rond et le débat gagne chaque jour en obscurité grâce à ceux-là même qui prétendent l'éclairer définitivement ! Or, il n'était même pas nécessaire de dater l'objet pour se rendre compte qu'il s'agissait d'un habile trucage : une simple étude morphologique et géométrique suffisait. Et il y a de quoi s'étonner que les faits irrécusables mis en évidence par une étude si simple soient si peu connus... (ceux que cette analyse intéressent la trouveront en cliquant ICI)

Il n'y a pas si longtemps, le Centre d'Histoire des Religions du Cercle Ernest Renan parisien publia une plaquette signée Pierre Soisson dont l'ambition était de réduire à néant l'apparition de la Vierge à La Salette. Pour ce faire, l'auteur prétendit que dans le cadre d'une action en justice menée à l'époque des faits on avait reconnu que la Vierge apparue aux enfants était une certaine demoiselle de la Merlière. Or, c'est totalement faux ! Quiconque a étudié ce dossier de près sait que le juge ne se prononça pas du tout sur ce sujet mais sur un autre, que la demoiselle en question était à ce point obèse qu'elle n'aurait jamais pu faire illusion et que les deux prêtres qui avaient lancé ces accusations pour des raisons infamantes finirent par les rétracter. Pour réduire à néant l'apparition de La Salette, je n'ai eu besoin que d'user de la critique historique et non de mensonges grossiers et ridicules comme M. Soisson (voir, à ce propos, mes ouvrages sur les apparitions mariales). Dans le même genre, je dois encore parler du professeur Broch qui, en page 300 de son ouvrage "Au coeur de l'extra-ordinaire" cita hors contexte le chanoine Barthas pour faire croire que ce religieux avait prétendu que deux des enfants de Fatima étaient morts de façon si suspecte qu'il était tentant de croire qu'on les avait éliminés pour les empêcher de parler. En fait, le chanoine Barthas n'avait rapporté cette rumeur ridicule que pour s'en scandaliser ! Qu'un historien et un scientifique déforment à ce point le sens même des documents auxquels ils font référence me paraît tout aussi honteux et condamnable que ce que font les mystificateurs qu'ils veulent dénoncer. On dirait bien que, pour ces gens, "la fin justifie les moyens"...

Il y a, de toute évidence, chez certains sceptiques qui font beaucoup parler d'eux, un fond de sectarisme idéologique assez évident et la tentation tout aussi évidente d'utiliser des moyens déshonnêtes pour parvenir à leurs fins. C'est ainsi que dans son livre "Au coeur de l'extra-ordinaire" Henri Broch a utilisé un ouvrage de Gérard de Sède pour soutenir que le "prodige" des colombes de Fatima s'expliquait par une sorte de mystification digne d'un illusioniste. Or, M. Broch qui avait lu mon premier ouvrage sur les apparitions mariales avant d'écrire celui où il utilisa le témoignage de Gérard de Sède, savait forcément que cet auteur n'était pas crédible en cette matière. Il n'ignorait pas non plus que ce même auteur était un fervent adepte de l'ésotérisme et qu'il était à l'origine d'un bon nombre d'histoires absurdes dans ce domaine. Henri Broch utilisa néanmoins l'ouvrage de Gérard de Sède parce qu'il y trouva une affirmation qui allait dans le sens de ses idées préconçues. Voilà qui semble une manière d'agir pour le moins discutable d'un strict point de vue logique. A cela, il faut ajouter que l'argumentation de Gérard de Sède concernant les colombes de Fatima a été balayée par Michel de la Sainte Trinité dont M. Broch n'a sans doute pas lu les ouvrage. Voilà qui paraît consternant par rapport à une méthode qui s'affirme "zététique." Le pire, peut-être, c'est qu'il suffisait de bien se renseigner sur le prétendu "prodige" des colombes de Fatima pour découvrir qu'il n'y avait derrière celui-ci rien que la psychologie animale ne puisse expliquer de manière très naturelle !

On trouve, chez certains critique sceptiques, une tendance immodeste à croire qu'ils sont en mesure de proposer des travaux apparemment synthétiques au départ de connaissances pourtant bien lacunaires. Un bel exemple de cela est fourni par le gros livre de Wiktor Stoczkowski qui entend nous convaincre que tous les ouvrages du style Charroux et Daniken trouveraient leur origine commune dans les thèses développées jadis par Mme Blavatsky. Inutile de dire que l'auteur appuya cette invraisemblable thèse sur sa méconnaissance profonde d'une vaste littérature dont à l'évidence il ne soupçonna même jamais l'existence. Et pourtant, je connais quelques personnes qui restent aujourd'hui encore impressionnées par cet ouvrage ô combien lacunaire et orienté.

Les exemples que je viens de citer étant particulièrement significatifs, je ne crois pas devoir en fournir une multitude d'autres qui montreraient tous que du côté des "critiques" prétendument rationalistes, zététiciens ou autres, il y a bien souvent autant de mauvaise foi, d'ignorance, de bêtise ou de naïveté que chez leurs adversaires.

Le dialogue entre de tels "critiques" et leurs "ennemis" est forcément voué à l'échec, le sectarisme des uns se heurtant systématiquement au sectarisme des autres. Et je me suis beaucoup amusé, jadis, d'apprendre que des zététiciens répandaient la rumeur selon laquelle j'étais "passé à l'ennemi" parce que j'avais publié un article critique dans une revue française de parapsychologie. Or, c'était alors la seule publication française qui avait accepté de ma part un long article sur la prétendue "vague ovni belge" dont j'avais pu suivre, de manière privilégiée, tous les développements. Curieusement, parmi les zététiciens et autres "critiques sceptiques " français, AUCUN ne me consulta jamais sur certaines choses que je savais à propos de cette vague et qu'ils continueront donc d'ignorer tant que mes archives sur ce sujet ne seront pas déposées là où elles le seront un jour...

L'ouverture d'esprit et l'honnêteté intellectuelle ne sont pas nécessairement là où certains claironnent qu'elles sont. Et c'est bien pourquoi, depuis de longues années, j'ai préféré rester un chercheur totalement indépendant. J'ai ainsi pu conserver une grande liberté d'expression, même si, bien souvent, la diffusion de mes travaux a pu en souffrir. Cela aura au moins permis à des gens moins modestes que moi de puiser impunément dans mes publications des idées qu'ils diffusèrent ensuite ailleurs comme s'ils en étaient les découvreurs. N'ayant guère le sens de la propriété des idées, je n'ai point perdu mon temps à dénoncer ces pilleurs. J'ai cependant dû apprendre à devenir très économe de mon mépris tant se révélèrent nombreux les nécessiteux...

 

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