MYSTERIEUSES PYRAMIDES...

 

Dans les années 80, deux architectes français -Gilles Dormion et Jean-Patrice Goidin- se passionnèrent subitement pour la pyramide de Khéops dite également Grande Pyramide. Dans l'architecture de celle-ci, ils remarquèrent ce qui leur parut être des "anomalies" qui semblaient révéler diverses structures cachées. Ainsi, par exemple, l'entrée par laquelle tous les touristes pénètrent dans le monument, était-elle surmontée de deux énormes linteaux en "V" renversé beaucoup trop massifs pour soutenir un si petit couloir. En outre, ces linteaux étaient placés si haut qu'entre le couloir et eux-mêmes existait un espace important où était inséré un gros bloc de pierre lui-même surmonté d'un plus petit. L'idée vint ainsi aux deux architectes que ce bloc de pierre dissimulait l'entrée d'un second couloir, secret, surmontant exactement le premier et menant, contrairement au précédent, à une ou plusieurs chambres inconnues...

Quand ils purent se rendre dans la pyramide pour y effectuer divers relevés et mesures, ils remarquèrent que la chambre dite du roi était en quelque sorte légèrement inclinée et que les énormes pierres placées entre son plafond et les linteaux de décharge étaient profondément fissurées, comme si elles avaient été soumises à des forces de pression qui ne pouvaient s'expliquer que par une zone plus faible sans doute constituée par une chambre secrète située à côté de la chambre du roi...

Les deux architectes multiplièrent les plans et les hypothèses puis obtinrent enfin l'autorisation d'effectuer quelques forages dans l'édifice. Ils espéraient bien mettre en évidence, ainsi, des zones creuses témoignant de l'existence de chambres encore inviolées. Hélas, de ces forages, s'écoula seulement un peu de sable fin. Quant aux mesures gravimétriques, elles ne montrèrent pas d'anomalies vraiment consistantes avec les hypothèses des deux hommes.

C'était en 1986. L'échec n'était pas vraiment patent ; mais le coup était rude quand même pour les deux hommes. Il fut raconté par eux dans un livre qui parut à Paris, chez Albin Michel, en 1987 sous le titre "Les nouveaux mystères de la Grande Pyramide".

Gilles Dormion ne se découragea pas. Désormais mordu par l'égyptologie, il fit d'autres relevés dans d'autres pyramides, multipliant à nouveau les plans et les théories. Vingt ans plus tard, lui qui avait été considéré par les spécialistes comme un franc-tireur passablement rêveur et exaspérant était devenu, à leurs yeux, un chercheur respectable des plus consciencieux et des plus méticuleux. Ses plans étaient en effet de loin les plus précis et les plus détaillés qui aient jamais été réalisés dans les pyramides.

Il faut dire aussi qu'à mesure qu'il arpentait en tous sens ces édifices, Gilles Dormion en avait compris de mieux en mieux les structures, voire même l'esprit dans lequel ils avaient été édifiés. Ainsi avait-il renoncé, peu à peu, à ses hypothèses primitives pour en adopter d'autres, plus adaptées à la réalité.

En 2004, chez Fayard, à Paris, il publia un nouveau livre préfacé cette fois par Nicolas Grimal, professeur au Collège de France. Il s'intitulait sobrement "La chambre de Chéops" (les deux orthographes sont admises). Dans ce livre, Dormion expliquait que du temps où ils bâtirent leurs pyramides, les pharaons n'avaient pas à craindre qu'on vint piller leurs sépultures tant était grand le respect que ces demi-dieux inspiraient. Il est donc quelque peu absurde d'imaginer dans les pyramides des systèmes sophistiqués pour y dissimuler des chambres secrètes. C'est bien plus tard, quand les pharaons perdirent peu à peu leur majesté, qu'ils songèrent à être inhumés non plus aux yeux de tous dans des monuments colossaux, mais bien sous terre, dans des galeries profondes et aussi dissimulées que possible. En quelque sorte, c'est une vaste littérature de fictions diverses qui nous a persuadé que les pyramides devaient forcément contenir des chambres secrètes.

Pour Dormion, ce qu'il a découvert dans la pyramide de Khéops s'explique désormais comme suit : à mesure que les travaux avançaient, les plans furent modifiés, pour diverses raisons et notament par suite d'un défaut de structure dans la chambre la plus haute, dite chambre du roi. Celle-ci s'enfonça en effet partiellement d'un côté, ce qui provoqua des tensions internes puis la rupture partielle des blocs situés au-dessus d'elle. Ces derniers furent étançonnés puis réparés, mais la chambre fut finalement abandonnée car jugée trop peu sûre. En définitive, le pharaon aurait alors été enseveli dans une chambre plus basse, plus ou moins contigüe à la chambre dite "de la reine" où il reposerait encore, ce tombeau étant resté apparemment inviolé. Pour Dormion, cette hypothèse tranche fort radicalement avec celle qu'il émettait au début de ses recherches quand il assurait que les plans de la Grande Pyramide avaient été dressés une fois pour toutes par un architecte génial qui n'avait commis aucune erreur. Ce revirement signe l'honnêteté intellectuelle et l'absolue bonne foi d'un chercheur qui n'a pas hésité à reconnaître ses erreurs passées pour en tirer d'utiles leçons depuis.

Ainsi Dormion a-t-il rejoint la plupart des idées des égyptologues professionnels et comprend-t-il désormais mieux pourquoi il agaça ceux-ci au début, lui qui prétendait en remontrer à des spécialistes alors qu'il découvrait à peine le sujet et ne l'abordait qu'à travers le champs limité de ses propres connaissances techniques.

Le cas de Gilles Dormion est exemplaire et devrait faire réfléchir beaucoup d'égyptolomanes infatués d'une compétence qu'ils n'ont pas...

Liège, avril 2009

Marc HALLET

 

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