D'OU PROVIENNENT LES CONCEPTS ASTROLOGIQUES ?

Afin d'éviter une confusion fréquente, je rappelle que l'astrologie est le moyen par lequel des gens (les astrologues) prétendent déterminer diverses influences cosmiques qui sont censées s'exercer sur la psychologie et la physiologie des êtres vivants et plus particulièrement les humains alors que l'astronomie est l'étude scientifique des corps célestes et du milieu dans lequel ils se meuvent.

Depuis de nombreuses années, j'observe le débat que provoque l'astrologie. Deux camps s'opposent. Dans le premier, on compte TOUS les astronomes et astrophysiciens, à savoir des gens qui ont nécessairement fait des études scientifiques poussées. Dans l'autre, on trouve évidemment les astrologues eux-mêmes qui affirment que les arguments qui sont opposés à leur "science" sont sans valeur. Aucun diplôme n'est requis pour devenir astrologue et s'il existe des écoles d'astrologies, elles sont uniquement dues à des initiatives privées et ne sont reconnues par aucun Etat.

Examinons à présent les arguments proposés de part et d'autre...

En premier lieu, les astronomes contestent l'égalité des douze zones célestes à chacune desquelles est attaché un signe du zodiaque. Il font remarquer que les constellations qui sont identifiées par ces signes sont plus ou moins étendues selon les cas et qu'il est donc absurde de diviser en douze zones d'égale durée l'année solaire en prétendant que chacune est sous l'influence d'une constellation précise. En second lieu, les astronomes font remarquer que chacune des douze constellations zodiacales est formée d'étoiles qui sont situées à des distances très différentes les unes par rapport aux autres et que les réunir ensemble pour former des figures symboliques n'a aucun sens puisqu'elles ne se trouvent alors qu'apparemment sur un même plan tout en n'ayant toujours rien de commun entre elles. Enfin, les astronomes font remarquer que par suite d'un mouvement lent mais constant (que l'on nomme la précession des équinoxes), chacun des signes du zodiaque apparaît désormais décalé par rapport à la position qu'il occupait jadis au même moment de l'année et que, par conséquent, lorsqu'on dit aujourd'hui qu'une personne est native d'un signe elle n'est absolument pas née au moment où le Soleil se trouvait face à ce signe. A ces trois arguments, les astronomes en ajoutent souvent un quatrième, plus technique, qui consiste à expliquer que, du fait de leur éloignement, les astres apparentés aux constellations ou même les planètes de notre système solaire exercent sur un humain une influence physique bien moins considérable que celle qu'exercerait une mouche passant dans la rue en face de chez lui.

Ces arguments sembleraient logiquement suffire à reléguer l'astrologie au rang des superstitions puisque rien dans ses fondements ne serait plus justifié par les connaissances scientifiques modernes.

Cependant, les astrologues ne désarment pas et je vais expliquer pourquoi. Selon les plus intelligents d'entre eux, à savoir ceux qui servent en quelque sorte de porte-parole aux autres, l'astrologie d'aujourd'hui serait devenue scientifique tout en conservant, par simple commodité, les bases de l'astrologie traditionnelle. En d'autres mots, selon eux, les véritables mécanismes astrologiques auraient été découverts, mais on continuerait, par respect de la tradition, à utiliser certains concepts archaïques. Et ces astrologues modernes d'expliquer : ce ne sont pas vraiment les constellations qui influencent les humains, mais bien la position que la Terre occupe par rapport aux planètes et au Soleil au moment de la naissance. Pour déterminer la position de la Terre par rapport au Soleil, il est commode d'utiliser comme balises virtuelles les anciennes division du zodiaque, c'est-à-dire les constellations dont les représentations symboliques sont les célèbres signes astrologiques. Peu importe dès lors que ces signes soient aujourd'hui décalés du fait du lent mouvement de précession des équinoxes, peu importe que les constellations ne soient pas formées par des étoiles situées dans un même plan et peu importe que ces constellations soient de longueurs inégales. S'appuyant sur des travaux statistiques divers, dont principalement ceux de Michel Gauquelin, les astrologues modernes ajoutent qu'il a été au moins prouvé (selon eux !) que certaines planètes de notre système exercent une influence évidente sur la destinée humaine et que ce qu'affirment les astronomes quant à l'impossibilité de cette influence est donc forcément faux.

Chacun peut constater que les arguments des uns et des autres ne permettent pas de trancher le débat de manière définitive. Et ce, parce que les astrologues ont trouvé d'intelligentes parades à ce qui était au départ des arguments d'une grande force démonstrative. Pour mieux dire les choses, sous prétexte de progrès scientifique, ils ont réussi à maintenir l'astrologie à flots en changeant radicalement ses règles idéologiques !

Malheureusement -et la chose est parfaitement normale- les astronomes lisent peu les travaux des astrologues. Par conséquent, ils continuent bien souvent à utiliser les arguments qui étaient valables jadis sans se rendre compte qu'ils ont été contournés depuis un bon moment, ce qui permet aux astrologues de se plaindre du procès prétendument déloyal qui leur serait fait. Ainsi, le temps passant, l'argumentation des astronomes n'en finit pas de se déforcer, laissant aux astrologues le champ libre pour crier à l'injustice et pour stigmatiser les "savants bornés".

Je pense qu'il convient d'aborder cette question d'une manière radicalement différente, c'est-à-dire en n'utilisant plus des arguments qui ont été contournés par une modification des principes originels de l'astrologie ; mais en utilisant plutôt des faits qui ne peuvent être niés parce qu'ils appartiennent à l'histoire des civilisations.

Les historiens et préhistoriens ont établi qu'une des premières préoccupations des anciens peuples fut d'examiner le ciel étoilé, lequel devait leur paraître singulièrement incompréhensible. Si incompréhensible qu'ils s'en formèrent une image complètement erronée, à savoir celle d'une voûte de cristal sur laquelle les étoiles étaient en quelque sorte collées. Sous cette voûte étoilée, ils constatèrent que se déplaçaient plus ou moins régulièrement des corps qu'ils appelèrent planètes et parmi lesquels furent rangés la Lune et notre Soleil. Le cycle des lunaisons, relativement court, fut sans doute le premier cycle régulier qui fut identifié. Après lui vint le cycle solaire associé à celui des saisons. Les premiers calendriers furent donc lunaires, puis solaires (ou luni-solaires quand l'un et l'autre se complétèrent). En même temps qu'ils découvraient le cycle solaire, les anciens peuples identifièrent forcément une zone du ciel qu'ils divisèrent par commodité en parties égales au nombre de quatre, douze, trente-six ou même autrement, selon les civilisations auxquelles ils donnèrent le jour. C'est cette zone qui fut appelée la bande du zodiaque et dans laquelle ils repérèrent des étoiles qui, dans un but mnémotechnique, furent regroupées artificiellement en dessins d'animaux ou d'objets en relation plus que probable avec des événements naturels qui se produisaient alors que le Soleil se levait en face d'eux. Et c'est ici qu'il convient de bien comprendre l'esprit dans lequel les humains d'alors imaginèrent leur propre réalité des choses...

Les nombreuses observations régulières de la marche du Soleil devant les constellations furent sans doute effectuées davantage par des peuples sédentaires que par des peuples nomades, ces derniers ayant plutôt propagé et mélangé entre elles les connaissances accumulées en ce domaine par les différents peuples sédentaires. Les peuples sédentaires avaient forcément parmi leurs principales préoccupations des questions en rapport avec l'agriculture, le climat et accessoirement la pêche et l'élevage de certains animaux...

Voilà pourquoi, à un moment de grandes pluies ou d'inondations périodiques, certains de ces peuples identifièrent la constellation devant laquelle le Soleil se levait alors à une sorte de génie déversant des quantités d'eau. La constellation du Verseau devint ainsi le symbole mnémotechnique de ce phénomène périodique. Une période de pêche put être signalée par la constellation des poissons. Des périodes en rapport direct avec d'autres événements touchant, directement ou non, des lions, des moutons ou des chèvres, des taureaux etc... furent sans doute signalées par des constellations symbolisées par un lion, un bélier ou un taureau. Des événements à la fois en rapport avec la mer et la montagne furent symbolisés par un animal composite mi-chèvre mi-poisson qui fut au départ le Capricorne et qui perdit plus tard son aspect marin. Peut-être le crabe fut-il associé à un mouvement particulier du Soleil semblant faire marche-arrière un moment donné dans sa course ; et la balance dessinée, primitivement sous forme d'échelle, fut-elle associée il y a bien longtemps à l'égalité du jour et de la nuit qu'on rencontre aux équinoxes.

Depuis plus de deux siècles, des historiens et des astronomes discutent des origines des symboles des constellations et cherchent à établir, en fonction de celles-ci, où et quand naquit l'astrologie et comment elle se diffusa. Pour dire les choses simplement, le débat n'est pas clos et ce n'est pas le lieu ici d'en développer les nombreux arguments ou controverses.

Dans le cadre du présent exposé, il importe simplement de montrer que des peuples anciens déterminèrent empiriquement les caractères des signes et des planètes en fonctions de concordances analogiques trompeuses. Trois exemples précis vont me permettre de faire mieux comprendre les mécanismes intellectuels des anciens en la circonstance...

En même temps qu'ils observaient les constellations et les nommaient, ils étudièrent et nommèrent également les planètes. La chose la plus remarquable qui les frappa d'abord fut sans aucun doute les vitesses très différentes avec lesquelles celles-ci se déplaçaient sous la voûte de cristal tendue apparemment au-dessus de la Terre. Vénus et Mars, bien visibles, bougeaient bien plus vite que Saturne et Jupiter. Dès lors, ils attribuèrent à Vénus et Mars un caractère fougueux, impétueux ou impulsif tandis que Saturne et Jupiter se virent créditées de sagesse, de prestige et de gravité. Mars, rouge comme le sang et fougueuse, fut associée aux combats et à la guerre tandis que Vénus tout aussi impulsive et fougueuse mais blanche fut associée à la passion amoureuse. Saturne devint un dieu-génie commandant au temps et il fut associé à la justice tandis que Jupiter devint le grand dieu créateur que l'on représenta assis sur un lourd trône. Quant à Mercure, qu'on voyait toujours proche du Soleil, absorbée bien souvent dans sa clarté, on en fit une sorte de chien de garde ou un bon génie porteur de la lumière et des connaissances. Il fut, pour cela, associé à l'initiation scientifique et à l'art de guérir. La Lune et le Soleil, dont leur taille faisait d'eux des dieux particuliers par rapport aux précédents, eurent d'autres destins puisque leurs cycles réguliers et facilement observables imposèrent en quelque sorte qu'ils président à tous les événements quotidiens.

C'est dans ce genre de fausses et extravagantes analogies que je viens de résumer à propos des planètes et que l'on proposa également pour les constellations, qu'il faut voir les véritables fondements de l'astrologie. Tant qu'il n'observèrent que les mouvements des corps célestes et des ombres portées sur le sol, on peut dire que les anciens peuples ne firent que de l'astronomie ou de la géométrie ; mais dès lors qu'ils attribuèrent aux astres des comportements, des caractères et des sentiments en fonction d'analogies fausses telles que celles signalées ci-dessus à titre d'exemple, on peut dire que les bases mêmes de l'astrologie furent posées.

Cette dernière se développa donc tardivement par rapport à l'astronomie et s'en écarta radicalement très vite au niveau des principes. En effet, tandis que les observations précises répétées permettaient d'affiner sans cesse les connaissances astronomiques, d'autres analogies, des coïncidences trompeuses et des raisonnements aberrants suffirent à forger tout un ensemble de règles fallacieuses qui persuadèrent certains qu'on pouvait prédire toutes sortes d'événements touchant au caractère et aux sentiments des hommes comme on prévoyait ou comme on déterminait, grâce aux déplacements du Soleil devant les constellations, des événements touchant aux cycles de l'agriculture, de la pêche et de l'élevage. Ainsi les astrologues en vinrent-ils par exemple à considérer les angles que faisaient les planètes avec le Soleil et considérèrent-ils ceux-ci, selon les cas, comme bénéfiques où non.

L'astronomie et l'astrologie ne cessèrent plus jamais de diverger l'une de l'autre dans leurs principes. La première devint une science majeure basée sur l'observation de faits récurrents aisément vérifiables, tandis que la seconde devint une discipline chimérique basée sur un ramassis d'idées confuses résultant de raisonnements boiteux. Durant un certain temps, il est vrai, ce furent parfois les mêmes individus qui pratiquèrent ou utilisèrent ces deux disciplines différentes. On cite ainsi souvent l'exemple de Kepler. Mais, outre qu'il semble que Kepler s'occupait d'astrologie pour vivre sans y croire vraiment, le fait qu'un même homme se soit intéressé jadis à la fois à l'astrologie et à l'astronomie ne prouve absolument pas la valeur de l'astrologie par rapport à l'astronomie telles que nous pouvons chacune les évaluer d'un point de vue scientifique aujourd'hui.

Le moment vint où les astronomes dénoncèrent l'astrologie comme absolument étrangère à la science. Ils usèrent pour ce faire des arguments de poids que j'ai résumés au début du présent texte et qui démontraient que les raisonnements astrologiques reposaient sur des concepts erronés (comme par exemple la disposition des étoiles sur une voûte de cristal), des approximations (comme la division du cercle du zodiaque en douze parties égales), des observations complètement périmées (par suite du mouvement de précession des équinoxes) et des impossibilités physiques (comme l'influence d'on ne savait pas très bien quoi sur des distances ô combien considérables).

Mais ces démonstrations fortes ne restèrent valables qu'un temps, les astrologues ayant alors réagi en changeant fondamentalement les règles mêmes de l'astrologie traditionnelle pour ne conserver qu'un système en apparence logique fondé sur une idée à vrai dire si simple qu'elle en devenait simpliste : la position de la Terre et celle des planètes de notre système seraient seules responsables des "influences astrales". Et les astrologues de citer, comme preuve de ces influences, l'exemple de certains comportements animaux ou végétaux que l'on savait gouvernés par des phénomènes astronomiques bien précis comme par exemple les phases de la Lune. L'argument était certes habile, mais irrecevable car il consiste à proposer comme preuve d'influences psychiques de simples influences physiques du milieu immédiat comme par exemple les marées. Chacun conviendra qu'il y a une marge entre les deux !

Les études statistiques qui auraient prouvé que de nombreux individus se caractérisant par un même type psychologique seraient tous nés à un moment où une planète aurait occupé une position identique dans le ciel restent aujourd'hui l'argument suprême en faveur de l'astrologie moderne. Or, ces études statistiques comportaient des erreurs méthodologiques certaines et sont donc à considérer comme sans aucune valeur scientifique, chose que ni Gauquelin ni les astrologues ne semblent jamais avoir voulu admettre. Certains sociologues, manifestement mal informés à ce sujet, ont même été jusqu'à dire qu'en la circonstance, le débat avait été purement idéologiques, alors que du côté des scientifiques il était pourtant resté strictement méthodologique. (*)

La vogue actuelle de l'astrologie ne se justifie donc que par la méconnaissance scientifique d'un grand nombre de gens et par la désinformation à laquelle se livrent les astrologues relayés à leur tour par des médias qui usent des horoscopes comme d'un moyen facile pour attirer une certaine clientèle.

Tant par ses origines que par son évolution, l'astrologie n'a jamais été autre chose qu'une perversion de la logique humaine et un ramassis de croyances au départ desquelles de nombreux aigrefins et mystificateurs ont forgé leur fortune ou une célébrité imméritée. Elle n'a jamais été et ne sera jamais une science. Elle restera toujours un art de tromper les gens ou de se tromper soi-même en proposant des descriptions caractérologiques passe-partout qui conviennent pratiquement à tout le monde et en prédisant des événements de manière si vague que seuls les naïfs peuvent croire que ces prédictions se réalisent effectivement.

Marc HALLET

 

(*) KELLY (I) CULVER (R) & LOPSTON (P), Astrology and science in : BISWAS (S.K.), Cosmic perspectives, Cambridge, Cambridge University Press, 1980, pp. 215-216

Comité PARA, La Science face au défi du paranormal, Gerpinnes, Quorum, 1999, pp. 73-88

COLLECTIF, La croyance astrologique moderne, Lausanne, L'âge d'homme, 1982, p. 76

 

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